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Bras de fer autour du PLFR… : L’Économiste Seydou Sow décortique les « dégâts » potentiels d’un rejet

Auteur: Youssouf SANE

Bras de fer autour du PLFR… : L’Économiste Seydou Sow décortique les « dégâts » potentiels d’un rejet

Bras de fer autour du PLFR… : L’Économiste Seydou Sow décortique les « dégâts » potentiels d’un rejet

 

Mardi prochain, l’Assemblée nationale examinera le projet de loi de finances rectificative (PLFR) 2026. Déjà rejeté à deux reprises en commission, le texte risque de ne pas être adopté en séance plénière, sur fond de dissensions entre le gouvernement et la majorité parlementaire Pastef, qui n’a pas caché son intention de le bloquer. Quel signal un nouveau rejet enverrait-il aux créanciers du Sénégal et aux partenaires financiers, notamment au FMI, dont le Conseil d’administration n’a pas encore approuvé le programme de 2,2 milliards de dollars ? Quelles conséquences une telle décision pourrait avoir sur les finances publiques et, au-delà, sur le quotidien des Sénégalais ? Économiste financier et analyste quantitatif, doctorant en économie publique, Seydou Sow livre ici son analyse des risques liés à un éventuel blocage du texte.

 

Quel signal un rejet du Projet de Loi de Finances rectificative enverrait aux bailleurs au moment où le pays a engagé un traitement de sa dette et attend une validation de son programme avec le FMI ?

On aura un signal d'incapacité de l'État à tenir ses propres engagements budgétaires, au pire moment possible. L'accord technique conclu le 1er septembre avec le FMI n'est pas un chèque : il est conditionné à des mesures correctives préalables et à l'obtention d'assurances de financement auprès des partenaires. Parallèlement, le Sénégal a annoncé un traitement de sa dette extérieure dans le cadre du Cadre commun du G20.

Dans une restructuration, les créanciers ne négocient pas avec un pays, ils négocient avec une trajectoire. Ils veulent un cadrage budgétaire chiffré, voté et exécutable. La LFR en est la pièce maîtresse pour 2026. La rejeter, c'est leur dire que les chiffres sur lesquels ils doivent s'appuyer n'ont pas de base légale au Sénégal même.

Le contrôle parlementaire n'est pas le problème : exiger des justifications sur les coupes d'investissement ou les fonds spéciaux est légitime. Le risque, c'est l'absence d'issue. Un texte amendé puis voté enverrait même un meilleur signal qu'un texte adopté sans débat.

Quel impact cela aurait sur l’examen du programme de 2,2 milliards de Dollars par le Conseil d’administration du FMI ?

Le programme est une Facilité élargie de crédit de 36 mois, d'environ 2,2 milliards de dollars, encore soumise à l'approbation du Conseil. Or ce dernier n'approuve pas sur la base d'intentions, mais d'un cadre budgétaire crédible pour l'année en cours. Sans LFR votée, il n'y a donc pas, en pratique, de programme.

La loi de finances initiale, qui resterait en vigueur, ne correspond plus à la réalité : elle surestime les recettes de 340 milliards FCFA et sous-estime les subventions énergétiques de 540 milliards. Le FMI, qui sort d'un épisode de fausses déclarations sur la dette sénégalaise, ne validera pas un budget exécuté hors de toute autorisation votée.

Le scénario le plus probable est un report de l'examen, pas une rupture. Mais ce report a un coût déjà mesurable : selon le rapport de la commission des finances, des bailleurs ont suspendu leurs décaissements faute de programme, et 143 milliards FCFA de financements extérieurs ont été retirés de la LFR.

A lire aussi : "Deuxième rejet du PLFR : Le ministère des Finances réagit et alerte sur les "sérieuses" menaces pour la trésorerie de l’État"

 

Un éventuel rejet aurait-il vraiment des conséquences sur la vie des sénégalais (salaires, fonctionnement du service public, paiement du service de la dette etc. ?

Oui, mais pas forcément là où on l'attend. Les salaires et le service de la dette sont les postes les mieux protégés : la loi de finances initiale reste applicable, et les crédits de la dette sont évaluatifs dans le cadre harmonisé de l'UEMOA. Un rejet ne signifie donc pas mécaniquement des salaires impayés.

Les premiers touchés seraient les entreprises créancières de l'État. Il reste environ 1 956 milliards FCFA d'arriérés à apurer, et la LFR prévoit 300 milliards pour continuer à les payer. Sans vote, BTP, fournisseurs et sous-traitants subiraient des reports de paiement, avec des effets directs sur l'emploi et les revenus des ménages.

Viennent ensuite les prix de l'énergie : la loi initiale n'inscrit que 250 milliards de subventions pour un besoin de 790 milliards. Sans autorisation, l'État devra soit dépenser hors budget, soit répercuter la hausse à la pompe et sur l'électricité. Enfin, l'investissement et les transferts aux collectivités seraient coupés sans arbitrage, au détriment des services publics de proximité.

Sur le plan financier, cela risque-t-il de désorganiser un peu le travail de consolidation budgétaire entrepris par l’Etat du Sénégal ?

Oui, et c'est l'effet le plus sous-estimé. Une consolidation budgétaire n'est pas un chiffre de déficit, c'est une séquence : un diagnostic sincère, un budget qui l'intègre, une exécution contrôlée, puis une trajectoire pluriannuelle.

La LFR 2026 est le premier exercice de sincérisation après la révélation de la dette cachée. Elle reconnaît la contre-performance du PRES (311,5 milliards attendus au lieu de 762,9), le choc pétrolier et un déficit porté de 5,4 % à 7,6 % du PIB. On peut contester ses arbitrages, notamment la baisse de 555 milliards de l'investissement, mais elle dit la vérité des chiffres.

La rejeter sans alternative votée reviendrait à exécuter un budget initial devenu fictif. On recréerait alors un écart entre budget voté et budget exécuté : exactement le mécanisme qui a conduit à la crise de la dette.

De l’autre côté, l’Etat du Sénégal parvient tant bien que mal à lever des fonds sur le marché local. Mais à des taux dépassant les 8%. Quelles seront les conséquences de ces emprunts à des taux si élevés ?

Les signaux de tension sont nets. Le 23 octobre, le Sénégal n'a levé que 55 milliards FCFA sur UMOA-Titres, contre 90 milliards prévus au calendrier officiel, à plus de 8 % sur toutes les maturités. À cinq ans, il paie 8,24 %, contre 7,03 % pour la Côte d'Ivoire. À titre de comparaison, l'appui de la Banque mondiale au titre du CERP est accordé à 1,31 % sur 31 ans.

La première conséquence est arithmétique : chaque milliard emprunté à 8 % coûte 80 millions FCFA d'intérêts par an. La deuxième tient aux maturités : emprunter sur un à cinq ans, c'est construire un mur de refinancement dès 2027. La troisième est un effet d'éviction : des banques qui obtiennent plus de 8 % sur l'État ont peu d'intérêt à prêter aux PME.

Les charges de la dette risque-t-elles d’être alourdies pour les futures années ?

Oui, et le point de départ est déjà critique. En 2026, le service de la dette atteint 5 801 milliards FCFA, contre 5 517 milliards de recettes du budget général : l'État verse à ses créanciers plus qu'il n'encaisse. Les seuls intérêts représentent 1 285 milliards, soit 26 % des recettes fiscales.

En 2027, le Sénégal devra trouver plus de 3 500 milliards FCFA rien que pour servir sa dette en francs CFA. Chaque renouvellement à plus de 8 % alourdira la facture. Le seul levier pour inverser la tendance est le retour des financements concessionnels, ce qui passe par le programme FMI. L'indicateur à surveiller n'est plus le ratio dette/PIB, mais le ratio intérêts/recettes.

A lire aussi : "Nouveau rejet du PLFR en Commission : Pastef donne les raisons"

Quelles auraient été les conséquences si le Sénégal n’avait pas pu s’appuyer sur ce marché financier local au moment où tous les autres bailleurs lui avaient tourné le dos (Suspension programme FMI, marché international inaccessible…) ?

Le pays aurait très probablement fait défaut. Depuis la suspension du programme FMI en 2024 et la fermeture du marché international, le marché de l'UEMOA a été pratiquement la seule source de financement accessible. Il a permis d'honorer les échéances, y compris sur les eurobonds. Sans lui, le Sénégal aurait connu le scénario du Ghana en 2022 ou de la Zambie en 2020 : arriérés massifs, retards de salaires, investissement à l'arrêt.

Mais ce filet a des limites. Le Sénégal doit environ 10 500 milliards FCFA aux créanciers de la zone : banques, assureurs, fonds de placement, entreprises et particuliers. Un défaut sur cette dette fragiliserait les bilans bancaires et la valeur des titres remis en garantie à la BCEAO, puis l'épargne des ménages. Le risque deviendrait systémique pour toute l'Union.

En somme, quel est votre avis sur cette situation globale ?

Le Sénégal est à un moment de vérité. Le débat sur la LFR oppose deux exigences légitimes : la rigueur budgétaire attendue par les partenaires, et la protection du pouvoir d'achat et de l'investissement défendue par les élus. Mais le vrai choix n'est pas entre voter et ne pas voter. Il est entre un budget amendé, assumé et exécutable, et une exécution sans boussole.

Sans LFR, pas de programme FMI. Sans programme, pas de financements concessionnels ni de traitement ordonné de la dette. Et sans cela, tout le poids repose sur un marché régional qui donne déjà des signes de fatigue, avec un risque de contagion à l'ensemble du système financier de l'UEMOA.

La porte de sortie existe : un compromis rapide entre le gouvernement et sa majorité, sur un texte qui prend en compte les exigences de transparence de l'Assemblée. Le Sénégal peut se permettre un débat parlementaire exigeant. Il ne peut pas se permettre un vide budgétaire.

Propos recueillis par Youssouf SANE

⚡ Résumé express généré par IA, vérifié par la rédaction
- L'Assemblée nationale examine mardi le PLFR 2026, déjà rejeté deux fois en commission, avec un risque de blocage par la majorité Pastef. - Selon Seydou Sow, un rejet enverrait un signal d'incapacité de l'État à tenir ses engagements budgétaires, alors que le programme FMI de 2,2 milliards de dollars attend l'approbation du Conseil d'administration. - Les premiers touchés seraient les entreprises créancières de l'État (environ 1 956 milliards FCFA d'arriérés, dont 300 milliards prévus dans la LFR), puis les prix de l'énergie et l'investissement.
Auteur: Youssouf SANE
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Commentaires (4)

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  • avatar
    saint louisien ⭐ Top commentaire il y a 3 jours
    le pastef est un parti satanique qui puise ses énergies dans le mensonge, la calomnie, la diffamation, l'accusation gratuite, la haine, la jalousie, la manipulation, le manque d'ambition, la promotion de la médiocrité, la TRAITRISE !!! Eh oui, le véritable TRAITRE ici est ce pseudo guide et leader qui a fait de ses militants de vrais attardés mentaux. Ce manipulateur invétéré n'a de souci que de saper ce beau bled qui lui a tout donné et c'est cela la HAUTE TRAHISON. Il faut être d'une cruauté sauvage pour vouloir se réjouir de la défaite de son pays. Au moment où la planère entière magnifie l'extraordinaire cérémonie d'ouverture des JOJ, des p'tits gens d'encéphales de poissons tentent de saborder cet évènement grandiose et planétaire. la carte d'identité de ce parti est: incompétence, indécence, insolence, inculture, indiscipline, intolérance, incapacité, inconscience, insouciance, impolitesse, immaturité, incompréhension, inutilité, irrationalité, inaptitude, irresponsabilité, insipidité....
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    Xeme il y a 3 jours
    Diomaye bénéficie maintenant du soutien de la presse, c'est la raison pour laquelle il se retrouve avec une communication tordue et manipulatrice.
    C'est d'abord le PM Aminou Lô qui déclare devant l'assemblée (DPG) que son gouvernement maintient le PRES (de Sonko) et n'y change rien. Ce discours ne semble pas plaire au sommet. Lors de la présentation de la LFR, le ministre des finances justifie la soumission au FMI par la non atteinte des objectifs du PRES. Réponse de l'assemblée: faites en l'évaluation, puis revenez, discutons d'elle. Le gouvernement ne veut discuter d'aucune évaluation. Il veut juste maintenir ses chiffres et les faire répéter: le plan Sonko attendait 700 milliards, nous n'avons eu que 300. Donc, il faut le jeter à la poubelle et aller au FMI.
    Puisque c'est devenu un pouvoir qui ne compte que sur les médias pour utiliser des éléments de langage faux en direction de l'opinion, l'assemblée commença à donner des explications. En clair, on ne peut reprocher un manque de résultats à un programme qu'on n'a pas correctement appliquer. Pour taxer les jeux de hasard, il faut mettre en place des outils (plate-forme) pour contrôler les jeux en fraude sur le net et récupérer les taxes. Cela n'a pas été fait. On ne peut donc pas prétendre qu'on attendait tant des jeux de hasard et qu'on ne l'a pas eu. La vérité est qu'on n'a pas correctement appliqué la solution. C'est la même chose pour la taxation des transfert d'argent. Et la bonne mise en œuvre attendait de simple décrets de Diomaye, d'arrêtés du ministre des finances, qu'ils n'ont pas fait pour on ne sait pourquoi alors que Sonko était PM. Dans ces conditions, parler d'absence de résultats du PRES sans préciser que Diomaye a refusé de signer des décrets, que le ministre de finances a refusé de signer des arriérés, c'est de la malhonnêteté.
    Et voilà où on se retrouve. Le gouvernement refuse une évaluation à analyser avec l'assemblée, le PM refuse tout débat public avec le PAN, et maintenant une certaine presse est chargée de porter la répétition que le PRES a échoué à atteindre ses objectifs.
    Si cela n'est pas une manipulation pour vous, je me demande ce que vous allez appeler manipulation.
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    Aly il y a 3 jours
    thieuy senegal encore un qui se dit expert
  • avatar
    c'est un véritable expert il y a 3 jours
    Je ne suis pas sénégalais, mais j'ai rarement lu une contribution d'une telle facture sur SENEWEB . En tous cas , il a brossé avec sincérité et neutralité toutes les conséquences d'un rejet de la LFI sur l'économie nationale .

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