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La monnaie Eco, avantages, illusions, le Sénégal est-il prêt…: Les éclairages précis de Babacar Gaye (Économiste)

Auteur: Youssouf SANE

La monnaie Eco, avantages, illusions, le Sénégal est-il prêt…: Les éclairages précis de Babacar Gaye (Économiste)

La monnaie Eco, avantages, illusions, le Sénégal est-il prêt…: Les éclairages précis de Babacar Gaye (Économiste)

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Au terme de son sommet 69ème sommet, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a annoncé une mise en œuvre progressive de sa monnaie unique « Eco » dès l’année 2027. Mais, le Sénégal est-il prêt ? Où en est-il avec les critères de convergence ? Qu’est-ce que l’Eco pourrait apporter à nos pays ? Babacar GAYE, Économiste-Statisticien, Directeur général du Cabinet Gaye & Associés Consulting, apporte des éclairages utiles dans cet entretien accordé à Seneweb.

La CEDEAO a annoncé le lancement de l’ECO dès 2027, avec les pays remplissant les critères de convergence. Un tel démarrage est-il faisable ?

 

Techniquement oui, institutionnellement non et ce ne sont pas les mêmes choses. Il faut d’abord lever un malentendu que l’annonce a installé. Le communiqué final du 69ᵉ Sommet, tenu à Lungi le 19 juillet, précise que la première phase concernera la Sierra Leone, le Liberia, le Nigeria, le Ghana, la Guinée et la Gambie, c’est-à-dire la Zone Monétaire de l’Afrique de l’Ouest. L’ECO de 2027 n’est pas la mort du franc CFA : c’est la naissance d’une seconde zone monétaire ouest-africaine, à côté de la nôtre.

Trois verrous demeurent, et aucun n’est un verrou de calendrier. L’institution n’existe pas, la future banque centrale commune n’a ni statuts arrêtés, ni règle de décision, ni clé de répartition du capital le sommet a d’ailleurs demandé que la Task Force présidentielle se réunisse avant décembre 2026, ce qui signifie que les questions fondamentales restent ouvertes à dix-huit mois de l’échéance. Le régime de change n’est pas davantage arrêté ; or sans régime il n’y a pas de taux de conversion, et sans taux de conversion il n’y a pas de monnaie. Enfin, la convergence ne se constate pas, elle se tient dans la durée, un pays conforme en 2026 et déviant en 2028 importe son indiscipline dans la monnaie commune. On peut imprimer des billets en dix-huit mois ; on ne fabrique pas une banque centrale crédible en dix-huit mois. Une monnaie ne se décrète pas, elle se crédibilise.

Le Sénégal, au vu de ses agrégats actuels, peut-il prétendre à figurer parmi les États qui démarreront dès l’année prochaine ?

Je corrige respectueusement la question : elle ne se pose pas en ces termes. Le Sénégal n’est pas un pays à monnaie nationale qui candidaterait à une union monétaire ; il est déjà membre d’une union régie par traité, dotée d’une banque centrale et d’une garantie de convertibilité. Le Sénégal ne peut pas adhérer à l’ECO : il est déjà marié. La question n’est pas celle de l’adhésion, mais celle de la dissolution de l’union existante un acte juridique et diplomatique, non un exercice statistique.

Examinons néanmoins les critères. L’inflation s’établit à 0,4 % en glissement annuel en juin 2026, le Sénégal est premier de la classe régionale. Le financement monétaire du déficit est nul par construction. En revanche, le déficit budgétaire ressort à 6,44 % du PIB en 2025, pour une cible de 5,37 % en 2026 le critère n’est pas respecté. Les réserves de change, elles, sont mutualisées à la BCEAO le critère n’est donc pas mesurable au niveau national et devra être aménagé. Quant à la dette, elle atteint 118,8 % du PIB pour l’administration centrale à fin 2024, et 132 % en périmètre élargi selon le FMI, contre un plafond de 70 %. Voilà le paradoxe sénégalais : la meilleure inflation de la CEDEAO et la pire dette de la CEDEAO.

Que devra donc régler d’abord le Sénégal pour prétendre à l’ECO ?

Trois chantiers, et le premier n’est pas celui que l’on attend. D’abord la sincérité statistique. Le rapport de la Cour des comptes de février 2025 a corrigé le ratio d’endettement de 74,4 % à 99,7 % du PIB pour 2023, et le déficit de 4,9 % à 12,3 %. Un critère de convergence ne vaut que ce que vaut la statistique qui le mesure. Dans une union, la surveillance mutuelle repose intégralement sur des chiffres partagés : un pays dont les comptes ont dû être corrigés n’apporte pas seulement une dette, il apporte un doute et le doute se paie collectivement, en prime de risque.

Ensuite, la reconstitution d’une capacité d’ajustement budgétaire. En 2025, le service de la dette a absorbé 106,6 % des recettes fiscales. Un État dont le service de la dette excède ses recettes fiscales n’a plus de politique budgétaire : il a une trésorerie. Le raisonnement devient alors dirimant : en union monétaire, on renonce au taux de change et il ne reste que le budget comme amortisseur. Le Sénégal abandonnerait donc l’instrument de change au moment précis où son instrument budgétaire est intégralement préempté.

Enfin, la convergence réelle. Les critères mesurent le nominal ; ce qui protège durablement une union, c’est le réel diversification productive, mobilité du travail, flexibilité des prix, au sens de Mundell, McKinnon et Kenen. Deux économies qui subissent le même choc pétrolier en sens opposé ne forment pas une zone monétaire optimale : elles forment un problème.

Quels critères de convergence risquent de lui être les plus difficiles à atteindre à ce stade ?

Le plus difficile, de très loin, est la dette. Faisons l’arithmétique. Ramener l’endettement de 118,8 % à 70 % du PIB suppose, avec un taux apparent de 5,5 % et une croissance nominale de 7 %, un excédent primaire de l’ordre de 8,4 % du PIB par an sur cinq ans, ou de 3,5 % par an tenu sur dix ans. Or le Sénégal affichait en 2025 un solde primaire de −1,8 %. L’écart à combler dépasse cinq points de PIB, à maintenir une décennie. Ce n’est pas un effort budgétaire : c’est une génération d’austérité. Et la dynamique se durcit : le coût moyen de la dette était de 3,9 % à fin 2024, quand les nouvelles émissions régionales exigent aujourd’hui 7 à 8 %.

Vient ensuite le déficit. La cible de 3 % en 2027 est atteignable sur le papier, mais le pacte exige une conformité soutenue, ce qui reporte la qualification réelle vers 2029-2030 ; et la trajectoire repose sur une pression fiscale portée de 19,3 % à 23,2 % en une seule année. Le plus facile, à l’inverse, est l’inflation. Mais soyons lucides : cette performance n’est pas le produit de notre politique économique, elle est le produit mécanique de l’ancrage à l’euro. Le seul critère que nous respectons brillamment est précisément celui que nous devons à l’ancrage qu’on nous demande d’abandonner.

Au finish, qu’est-ce que cette monnaie unique pourrait apporter aux pays de la Communauté ?

Trois apports réels, deux illusions. Réels : la suppression du risque de change et des coûts de conversion, l’approfondissement d’un marché financier régional couvrant plus de quatre cents millions de personnes, et la fin des marchés parallèles de devises qui grèvent nos opérateurs frontaliers. Mais calibrons honnêtement : le commerce intra-CEDEAO ne dépasse pas 12 à 15 % des échanges de la région, et la littérature a ramené l’« effet Rose » d’un triplement annoncé en 2000 à un gain de 5 à 15 % dans les travaux ultérieurs. Une monnaie unique ne crée pas le commerce : elle en réduit le coût. Or on ne réduit guère le coût d’un commerce qui n’existe pas encore.

Première illusion : croire que l’on troque une dépendance contre une indépendance. Le Nigeria pèse environ 70 % du PIB communautaire, et dans toute union, quelqu’un fixe l’ancre. La vraie question n’est pas de savoir si nous quitterons le franc CFA, mais si nous échangerons un ancrage sur l’euro contre un ancrage sur le pétrole nigérian. Je ne dis pas que la réponse est mauvaise ; je dis qu’elle n’a pas été posée. Seconde illusion : croire qu’une monnaie produit du développement. La zone euro a démontré qu’une union monétaire privée d’union budgétaire et d’union bancaire demeure une construction fragile.

Quel est votre avis personnel sur la question ?

Pour ma part, l’ECO ne sera ni une chance ni une menace : ce sera un révélateur. Il distinguera ceux qui ont fait leurs réformes de ceux qui ont fait des discours. La souveraineté monétaire ne se proclame pas dans un communiqué : elle se gagne dans un budget.

Propos recueillis par Youssouf SANE

⚡ Résumé express généré par IA, vérifié par la rédaction
- La CEDEAO a annoncé un lancement progressif de l'Eco dès 2027, mais l'économiste Babacar Gaye juge l'échéance irréaliste sur le plan institutionnel (absence de banque centrale commune, de régime de change et de règles de décision arrêtées). - Le Sénégal ne peut pas "adhérer" à l'Eco car il est déjà membre de l'Union monétaire ouest-africaine (UMOA) ; la question est celle d'une dissolution de l'union existante, non d'une simple adhésion. - Le Sénégal présente un paradoxe : meilleure inflation de la CEDEAO (0,4 %), mais pire dette (118,8 % du PIB en 2024), et un service de la dette absorbant 106,6 % des recettes fiscales en 2025.
Auteur: Youssouf SANE
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Commentaires (12)

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    🇸🇳 ⭐ Top commentaire il y a 3 mois
    Le Sénégal N'est pas encore prêt a rejoindre l'ECO
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    T.Thioub il y a 3 mois
    Un ancrage sur le Nigeria équivaut à un suicide économique, financier et social. Il suffit juste de voir l'état de leur monnaie le Naïra. Comment pourrait on quitter un ancrage sur la Bce pour un ancrage sur le Nigeria? Ce sera pire que l'explosion d'un avion en plein vol!
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    Maxu il y a 3 mois
    @T.Thioub  Pourtant le Nigeria est la première économie africaine. Vous êtes trop théorique non?
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    Idima il y a 3 mois
    Excellente analyse economique. Loin du populisme de sonko qui ne comprend rien à la monnaie et à l'economie. Felicitations.
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    Anonyme il y a 3 mois
    L'ÉCO a le potentiel d'être une monnaie de développement si les dirigeants de la CEDEAO parviennent à l'adosser à un projet d'intégration structurelle profonde bien que le projet actuel fasse face à d'importants défis institutionnels et économiques. Un levier théorique pour la croissance régionale Souveraineté monétaire : Elle vise à remplacer le franc CFA pour offrir une gestion des réserves de change totalement africaine. Intégration commerciale : Une devise unique éliminerait les coûts de conversion entre les 15 pays membres. Financement endogène : Elle pourrait faciliter les investissements transfrontaliers dans les infrastructures industrielles régionales. Les obstacles à sa fonction de développement La parité fixe ou flexible? Le Choix se pose entre un taux de change fixe adossé à l’Euro ou flexible; Le caractère extraverti des économies ouest-africaines fait que, malgré les discours, il y a un fond de scepticisme autour de cette monnaie. Il faudrait une intégration structurelle profonde. Un pari incertain Fractures politiques : Le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la CEDEAO complexifie l'unification économique de la zone Critères de convergence stricts : Les exigences (déficit < 3%, inflation < 10%) favorisent la rigueur budgétaire au détriment des investissements publics massifs nécessaires au développement. En conclusion, pour sa réussite, l’ÉCO devra impérativement s’adosser à un projet politique ambitieux, capable de confédérer les États, de briser les barrières frontalières et de bâtir les infrastructures communautaires et industrielles indispensables au développement d’une économie endogène,
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    valet il y a 3 mois
    l'un des valets!
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    🇸🇳 il y a 3 mois
    😭😭😭😭 Wa Mais Sénégal ni la mél léggi aki deux roues? On dirait Bobodioulasso? Actuellement dé il ne nous manque que de la latérite rouge pour que le but sera atteint. Après 8 ans d'absence Wallahi je constate que rêw mi da geuneu délou guinaw Woawwww!!!!! Mais depuis quand les Sénégalais ont développé cet Amour envers les deux roues et Vespa? Le Pays est SALE et vous vous demandez pourquoi le tourisme est mort.! O! MON DIEU
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    Gorgui il y a 3 mois
    Certains Africains, même ligotés et jetés au fond d’une fosse diront toujours : "Estimons-nous heureux !". En efet, Il a été amplement démontré, par l’expérience, l’histoire et la réalité quotidienne que rester dans le franc CFA ne nous garantit pas le développement. Car cela fait plus de 60 ans que nous sommes dans le système actuel et qu’il s’est avéré incapable de nous assurer le développement. Donc on peut en conclure que si la sortie du franc CFA ne nous garantit pas ipso facto le développement, nous sommes d’ores et déjà sûrs et certains que rester dans le franc CFA ne nous garantit pas non plus le développement. A la différence de la sortie du franc CFA, cela au moins nous le savons de science sûre et certaine puisque nous en faisons l’expérience depuis plus de 60 ans. Or, quand on a essayé quelque chose pendant plus de 60 ans et que cela s’est traduit, année après année, par un échec, n’est-il pas temps de se poser des questions, d’essayer autre chose au lieu de vouloir, comme Sisyphe, pousser encore une fois notre rocher au haut de la montagne d’où nous savons très bien qu’il dégringolera à nouveau et ainsi de suite à l’infini ? Une telle situation n’est-elle pas la traduction même de l’absurde ? Ça n’a pas marché. Et pourtant on nous dit de continuer avec la même monnaie qui ne marche pas depuis plus de 60 ans, et encore, et encore, et encore et toujours, sans jamais pouvoir espérer quoi que ce soit de positif ou différent. Est-ce normal ? Faire la même chose et espérer un résultat différent, est-ce intelligent ? Le système actuel qui existe depuis plus de 60 ans a échoué. Nous sommes toujours classés parmi les derniers pays du monde en termes de développement humain. Nous ne pouvons pas tomber plus bas que nous ne sommes déjà puisque nous avons atteint le fond. Et pourtant il y en a qui nous disent de rempiler, de rester encore dans le système. Pour combien de temps encore ? Pour 65 autres années ?
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    York il y a 3 mois
    Moi je veux juste savoir où sera imprimé notre Eco j’espère ce pas en France 🇫🇷 ou c le nom ki change
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    simple il y a 3 mois
    Eco pourra regler certains de nos problème à savoir l'immigration sous regionale. les gens pourront rester chez eux pour travailler. donc nous souhaitons la bienvenue à Eco.

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