Éthique judiciaire : Le rappel à l'ordre des femmes magistrates sur la « délicatesse » du juge
À l’occasion de leur troisième assemblée générale ordinaire, l’Association des femmes magistrates du Sénégal a placé au centre de ses échanges une notion aussi essentielle qu’exigeante : « La délicatesse du juge ».
La présidente de l’association, Marie Odile Thiakane Ndiaye, a rappelé le sens de cette rencontre, marquée par l’intervention d’un de leurs aînés venu partager son expérience sur les exigences éthiques de la fonction judiciaire. Une communication assurée notamment par Amadi Ba, qui a mis en lumière une notion « non définie institutionnellement », mais essentielle dans la pratique quotidienne du juge.
Au cœur des échanges : l’exemplarité du magistrat, tant dans son apparence que dans ses relations sociales. Selon la présidente, les juges sont investis de responsabilités d’une rare intensité, comparables à des fonctions « quasi-divines », qui exigent d’eux une vigilance constante.
« Il a été question de l’apparence, de l’environnement du juge, de ses relations et des risques de suspicion. Donc, des fonctions qu'on qualifierait de quasi-divines sont confiées à des humains. Et voilà pourquoi il nous est demandé beaucoup plus qu'à d'autres », a-t-elle expliqué, insistant sur la nécessité d’éviter toute situation pouvant entacher la crédibilité de l’institution judiciaire.
Une exigence lourde à porter pour des hommes et des femmes appelés à évoluer dans un cadre social ordinaire, mais soumis à des attentes extraordinaires.
« C’est extrêmement difficile pour un humain qui navigue dans son environnement, qui a le droit d'avoir des relations, de lui demander autant... Il y a un seuil au-delà duquel il ne faut pas aller. Nous allons revisiter notre statut et revoir nos comportements. Je dois affirmer que les femmes magistrates respectent leur statut. Je dois affirmer que les magistrats, chaque jour dans leur office, donnent d'eux-mêmes pour respecter leur statut, dans le grand respect du peuple sénégalais, pour lequel la justice est rendue. Il est demandé beaucoup au juge et c'est légitime parce que le peuple sénégalais a toujours aspiré au meilleur, à la perfection », a reconnu la magistrate, évoquant la nécessité de trouver un équilibre sans jamais franchir certaines limites.
Malgré ces contraintes, Marie Odile Thiakane Ndiaye se veut rassurante. Elle affirme que les magistrats, et en particulier les femmes magistrates, s’emploient chaque jour à respecter leur statut, dans le souci de rendre une justice à la hauteur des attentes du peuple sénégalais.
Elle a salué l’engagement des jeunes magistrates, formées dans le respect des valeurs et principes de la profession. « La répétition est pédagogique », a-t-elle souligné, les invitant à demeurer constantes et rigoureuses dans leur mission.
Face aux exigences croissantes de la société, l’association entend poursuivre son travail de réflexion et d’amélioration des pratiques.
« Nous comprenons que le peuple sénégalais soit exigeant. Et nous ferons en sorte d’être irréprochables », a-t-elle assuré.
Créée en août 2022, l’Association des femmes magistrates du Sénégal ne limite pas son action au cadre judiciaire. Elle mène également des initiatives en faveur de l’éducation des jeunes filles, convaincue que l’accès au savoir reste un levier fondamental de transformation sociale.
Dans cette dynamique, des actions de sensibilisation sont régulièrement organisées dans les collèges et lycées pour encourager les vocations. Des sessions de préparation au concours de la magistrature sont également mises en place pour accompagner les candidates.
« J'ai l'habitude de leur dire : tous nos maux nous viennent de l'ignorance. Alors, nous avons l'habitude d'aller vers les lycéennes et les collégiennes pour leur dire que c'est possible. Nous avons été comme vous. Nous ne sommes pas nés avec des cuillères d'argent dans la bouche. Nous voulons briser ce plafond de verre. Nous voulons les inciter à vouloir aller plus loin », explique Mme Ndiaye.
L’association s’illustre aussi sur la scène internationale, notamment à New York, à l’occasion de rencontres avec des organisations de femmes du monde entier, dans une logique de partage d’expériences et de bonnes pratiques.
Dernière illustration de cet engagement : une mission à Ziguinchor, où 150 jeunes filles ont été sensibilisées sur l’importance de l’éducation et de l’ambition professionnelle.
Pour la magistrate : « Un pays en développement a besoin de toutes ses forces vives. Et les femmes magistrates entendent pleinement jouer leur partition ».
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