« Le péché originel pour Diomaye... » : Le diagnostic de Boubacar Boris Diop sur le chef de l'État
La relation entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko a été abordée lors d’un entretien au média Impact SN. L’écrivain estime que le chef de l’État demeure confronté à une question de légitimité depuis son accession au pouvoir. Il considère que cette situation influence sa manière d’exercer ses fonctions et ses choix politiques. Interrogé sur une éventuelle volonté du président d’affirmer son autorité, Boubacar Boris Diop répond que l’origine de cette difficulté remonte au processus qui a conduit Bassirou Diomaye Faye à la magistrature suprême. « Malheureusement pour lui, il sera condamné comme tout chef de l’Exécutif à exercer le pouvoir en fonction de la manière dont il l’a conquis. Le péché originel pour Diomaye ce sera toujours le geste seigneurial de Sonko demandant aux Sénégalais de voter pour lui », affirme-t-il.
L’essayiste estime que cette réalité crée une situation délicate sur le plan psychologique. « C’est très inconfortable, d’un point de vue psychologique ; il faut être d’une grande force mentale ou alors absolument indifférent aux honneurs pour vivre à l’aise avec cela. Mais on a l’impression que ce déficit manifeste de légitimité pèse si lourd pour Diomaye qu’il n’en finit pas de chercher à le compenser en surjouant sa fonction présidentielle », poursuit-il.
Boubacar Boris Diop évoque ensuite le fonctionnement de la présidence. Il affirme que le chef de l’État accorde une importance particulière aux symboles de l’autorité. Il cite notamment les photographies diffusées lors des signatures de décrets. « On le dit obsédé par le protocole et je crois que quelqu’un devrait lui déconseiller de se faire systématiquement photographier en train de signer des décrets, juste pour rappeler aux élites administratives et politiques de ce pays que c’est lui le patron », déclare-t-il. Selon lui, cette pratique contraste avec celle des précédents présidents de la République, qui disposaient pourtant des mêmes prérogatives. Il rappelle que le pouvoir de nomination fait partie des attributions normales du chef de l’État.
L’auteur estime également que l’actualité politique donne l’impression que les nominations et les révocations occupent une place importante dans l’action présidentielle. Il précise toutefois que ces décisions relèvent des compétences du président. « À la faveur du conflit avec Sonko, on a l’impression qu’il passe tout son temps à nommer et à limoger. Oui, il est ce faisant dans son rôle, c’est même très important mais le sort de quelques milliers de hauts fonctionnaires est peut-être à relativiser au regard du destin de vingt millions de Sénégalais », dit-il.
À la question de savoir si cette attitude traduit une forme de fragilité, Boubacar Boris Diop répond sans détour : « Je pense qu’on peut le dire ainsi ». L’écrivain estime que les contraintes liées à l’exercice du pouvoir pourraient conduire Bassirou Diomaye Faye à effectuer des choix éloignés de ses convictions initiales. Il considère que les impératifs de conservation du pouvoir finissent souvent par prendre le dessus sur les positions personnelles. Il va plus loin lorsqu’il évoque l’influence du « système » sur le président. « À mes yeux cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Mais ce n’est pas la première fois qu’un chef d’État se retrouve ainsi pris en otage par des acteurs politiques et sociaux aussi puissants qu’invisibles. Il est malgré tout étonnant qu’on ait pu le retourner aussi facilement », affirme-t-il.
Boubacar Boris Diop s’interroge enfin sur l’ampleur du changement observé depuis l’arrivée de Bassirou Diomaye Faye au pouvoir. Il avance deux hypothèses. La première repose sur une évolution intervenue après son élection. « S’il avait au contraire toujours su cacher son jeu. La deuxième hypothèse, qui donne presque le vertige, est terrible mais on est obligé de la poser sur la table, même si au final cela fera partie de ces énigmes dont les historiens savent faire leur affaire. Je crois qu'eux seuls pourront dans le futur éclairer notre lanterne sur ce point particulier », pense-t-il.
Commentaires (17)
Et le drame de Diomaye est d'autant plus grave que ce qui s'est passé c'est qu'une fois arrivé au pouvoir, des forces occultes l'ont déraciné du monde qui l'a mené au pouvoir. Parler sous les termes de perdre une base ou en avoir ne donne pas l'ampleur de ce qui lui a été fait. Diomaye a été carrément déraciné. On lui a fait croire qu'il peut prendre racine sur une autre terre que celle qui l'a porté au pouvoir. C'est plus profond que la notion de base politique.
N'oublions pas que Senghor a fait hérité le pouvoir à Abdou Diouf. Diouf lui doit tout. Absolument tout. Mais dès lors qu'une machine ne l'a pas tout de suite déraciné de ses origines, il allait vivre tout problème politique avec moins de douleurs. Diomaye a été coupé et détourné de son monde. On lui a même inculqué que désormais il doit avoir pour mission de détruire son origine. C'est ce que j'appelle son drame. Ceux qui me comprennent sauront que pareille situation, dans le cas d'une certaine faiblesse psychologique, peut même aboutir à un suicide. Donc, il a besoin d'aide. Même s'il le nie. Même si ceux qui l'ont pris en otage se mettraient à insulter ce diagnostic, Diomaye restera toujours besoin d'aide.
C la prière que chaque homme doit formuler dans sa vie.
Alla accorde moi une bonne vieillesse !
Mais des vendus qui pillulent dans ce pays
Mais le populisme de Boris Diop est décevant depuis quelques années.
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