Idrissa Benjamin Sané de Kiiraay sur les fonds destinés à la Casamance : « Ousmane Sonko doit rendre compte »
L’interpellation est directe, sans détour. Idrissa Benjamin Sané, journaliste-communicant et membre du parti Kiiraay à Ziguinchor, exige des explications claires sur l’utilisation des ressources mobilisées au nom de la Casamance. Selon lui, il ne s’agit pas seulement d’une question de gestion financière, mais d’un enjeu de crédibilité politique et morale.

La Casamance, meurtrie par des décennies de conflit, ne peut être réduite à un slogan électoral ou à un instrument de légitimation. Chaque franc mobilisé doit servir à sa reconstruction, à son désenclavement et à la consolidation de la paix.
Lors du fameux « tera-meeting », Ousmane Sonko, alors Premier ministre, avait nié disposer d’une caisse noire, menaçant de poursuites quiconque l’affirmerait. Pourtant, il est reconnu que des fonds spécifiques, distincts du budget de l’Agence nationale pour la relance des activités économiques et sociales en Casamance (ANRAC), ont été mis à sa disposition pour accompagner le processus de paix. Ces ressources devaient favoriser le retour des déplacés, soutenir leur réinstallation et financer des infrastructures sociales essentielles : écoles, postes de santé, forages, pistes de production. La question est donc posée : quelle utilisation concrète a été faite de ces crédits ?
Idrissa Sané rappelle qu’Ousmane Sonko a participé en Guinée-Bissau à la signature d’accords de paix impliquant une faction du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC). Si une partie des fonds a servi à accompagner le désarmement et la réinsertion des combattants, cela aurait constitué un emploi légitime. Mais faute de communication officielle, le doute s’installe. D’autant que l’ANRAC, censée être le bras opérationnel de la paix, demeure fragilisée, sans siège institutionnel digne de ce nom à Ziguinchor, installée dans des locaux loués et insuffisamment dotée. Pour Sané, l’affectation d’une partie des ressources à la construction de ce siège ou au renforcement des capacités opérationnelles de l’agence aurait été un investissement structurant, et non un détournement.
Plus grave encore, il est allégué que des fonds destinés à la Casamance auraient servi à la réfection du building administratif à Dakar. Une telle affectation, si elle est avérée, appelle une justification précise. Comment un projet de réhabilitation dans la capitale peut-il être assimilé à des crédits censés reconstruire une région meurtrie ? Pour Sané, ce type de contradiction nourrit l’opacité et fragilise la confiance des populations.
Le journaliste-communicant insiste : la vérité doit être établie, les montants précisés, les dépenses retracées et les responsabilités assumées. Gouverner, dit-il, ce n’est pas seulement dénoncer les pratiques d’hier, mais accepter de répondre en temps réel aux exigences que l’on imposait autrefois aux autres. La Casamance porte les blessures d’un conflit ancien et les attentes de populations déplacées. Elle mérite transparence, justice et respect. Si les fonds ont été détournés de leur finalité, l’acte serait politiquement indéfendable et moralement inacceptable. Ousmane Sonko, qui revendique son attachement à la Casamance, doit désormais le prouver par des actes et par une reddition de comptes claire.
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