AIBD SA : Le personnel alerte sur une crise de gouvernance et saisit le PM
Des représentants du personnel de l’aéroport international Blaise Diagne ont saisi le Premier ministre pour dénoncer une série de dysfonctionnements qu’ils imputent à la gestion du directeur général, Cheikh Mamadou Abiboulaye Dièye.
"C’est avec une gravité extrême et un sens aigu des responsabilités que l’ensemble des forces vives et des représentants du personnel d’AIBD SA s'adresse à votre haute autorité, afin de porter à
votre attention la crise de gouvernance profonde qui secoue AIBD SA depuis la prise de fonction de son directeur général, Monsieur Cheikh Mamadou Abiboulaye Dièye. Ce qui devait être une gestion axée sur la rigueur et le développement stratégique du hub aéroportuaire national s’est rapidement transformé en un système caractérisé par le manque de transparence, l'autoritarisme, l'amateurisme technique et la violation systématique des lois et règlements. Face à une situation devenant intenable, nous sollicitons l'arbitrage du Gouvernement pour une mission de salut public", lit-on dans une correspondance adressée au Premier ministre.
Les signataires dénoncent une gestion marquée par le manque de transparence, l’autoritarisme, l’amateurisme technique et la violation systématique des lois et règlements.
Les signataires mettent d’abord en cause la gestion financière et administrative de l’entreprise. Ils indiquent que "dès sa prise de fonction, le directeur général s’est illustré par des pratiques arbitraires. Sans aucune note de service ni aucun acte administratif formel susceptible d'être attaqué, il a fait procéder à la soustraction unilatérale de 100 l de carburant sur les dotations des ayants droit. Présentée oralement comme une mesure temporaire, cette spoliation illégale est devenue la règle permanente, au mépris du droit.
Parallèlement à ces restrictions imposées au personnel sous le sceau d'un misérabilisme paralysant, le directeur général s’est adonné à des recrutements clientélistes. Plaçant des proches à des postes de direction stratégiques sans égard pour leurs qualifications ou compétences". Ils dénoncent également des recrutements qu’ils qualifient de "clientélistes". "Alors même qu’il déclarait publiquement que l’entreprise souffrait d’un effectif pléthorique.
"Toutes les instances de concertation, de coordination et d'échange technique sont désormais au point mort. Les décisions engageant l'avenir de la société sont prises dans la plus totale opacité au sein de son cabinet personnel, devenu une instance suprême d'où le personnel et les cadres de métier sont formellement exclus".
Autre grief soulevé : la marginalisation des instances de concertation et des cadres techniques. Les décisions engageant l'avenir de la société seraient, selon les rédacteurs, prises dans un cercle restreint autour de la direction générale.
Sur le plan social, les représentants du personnel dénoncent surtout le retard dans l'organisation des élections des délégués du personnel, dont les mandats seraient arrivés à expiration depuis 2021.
Ils affirment que l’inspection régionale du travail et de la sécurité sociale de Thiès aurait adressé deux rappels à l’ordre à la direction, suivis d’une mise en demeure datée du 3 août 2026, fixant au 20 août un délai pour se conformer à cette obligation.
Les signataires accusent ainsi la direction générale de faire preuve de défiance à l’égard des autorités compétentes.
Ils s’interrogent également sur la cohérence entre la menace régulièrement brandie d’un éventuel « plan social » et la poursuite, selon eux, de recrutements au niveau de la direction générale.
La gestion de la couverture médicale constitue un autre point d’inquiétude. Les représentants du personnel évoquent des ruptures récurrentes avec l’assureur SAAR, qu’ils attribuent à des défauts de paiement, ainsi que des difficultés liées aux cartes de santé. Ils estiment que cette situation affecterait directement plus de 800 agents et leurs familles.
La correspondance évoque par ailleurs des arriérés qui seraient dus à l’EAMAC et qui auraient, selon les syndicalistes, des conséquences sur la délivrance de diplômes et de licences à des contrôleurs aériens formés à grands frais.
Les signataires tirent également la sonnette d’alarme sur les relations entre AIBD SA et les populations des communes ayant accueilli l’aéroport. Ils rappellent les sacrifices consentis par les communautés lors de la construction de l’aéroport, notamment les déplacements de populations et les engagements pris en matière d’emplois locaux.
Ils s’opposent ainsi à un projet d’externalisation de certains emplois, notamment ceux liés au nettoyage et au gardiennage. Une telle orientation pourrait, selon eux, fragiliser les équilibres sociaux et l'acceptabilité de l'aéroport auprès des populations riveraines.
Sur le volet technique, la lettre fait état de préoccupations concernant plusieurs plateformes aéroportuaires régionales. Les signataires affirment notamment que l’aéroport de Ziguinchor présenterait plusieurs « non-conformités techniques majeures », citant entre autres l’absence de bureaux adaptés et de paratonnerres. Ils estiment également que les plateformes de Saint-Louis, Tambacounda et Kédougou ne bénéficieraient pas de l’attention nécessaire au regard de leur importance dans l’aménagement du territoire.
La gouvernance de la société serait par ailleurs affectée, selon eux, par le départ de plusieurs cadres expérimentés. Le directeur administratif et financier, le directeur juridique ainsi que le responsable des marchés et moyens généraux auraient quitté la structure.
Face à cette situation, les rédacteurs demandent au Premier ministre d'ordonner un audit et une inspection approfondie de l’AIBD SA. Trois domaines sont particulièrement ciblés : la régularité des recrutements effectués depuis mai 2024, les procédures de passation des marchés publics et des conventions de prestations ainsi que la gestion des missions, billets d’avion et dépenses de fonctionnement du cabinet du directeur général.
Au-delà de ces audits, les représentants du personnel demandent officiellement la fin des fonctions de Cheikh Mamadou Abiboulaye Dièye à la tête de l’AIBD SA. Pour eux, son ne permettrait pas, en l'état actuel, de restaurer la confiance et la paix sociale au sein de l’entreprise. Ils invoquent ainsi la préservation du patrimoine national, la sécurité des opérations aéroportuaires et la continuité du service public.
Commentaires (4)
Quelle est la dotation actuelle ?..Il est normal qu'avec autant d'agents une Direction maîtrise ses frais de personnel. Pour être crédible il faut présenter des arguments convaincants.
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