« Gay Romeo », séquestration, rançon : les dessous du procès du réseau de « Madré »
Le tribunal correctionnel de Dakar a examiné mercredi dernier une affaire de réseau de chantage visant des ressortissants européens, qui avait défrayé la chronique en 2025, rapporte Les Échos. À l’issue de l’audience, le procureur a requis deux ans de prison ferme contre Ibrahima N., alias « Madré », 26 ans, et le Belge Jean Jacques M., 68 ans, tous deux poursuivis notamment pour « actes contre-nature ». Pour les autres prévenus, Ndiémé S., Fatoumata Bintou K. et Abdoulaye B., poursuivis pour complicité, le parquet a requis l’application de la loi pénale. Le délibéré a été fixé au 14 octobre.
Le dossier décrit un mode opératoire fondé sur des rencontres nouées sur internet. Le groupe présumé ciblait des hommes européens sur des sites de rencontres, avant de les attirer au Sénégal. Dans le cas de Jean Jacques M., tout aurait commencé sur « Gay Romeo », où le Belge pensait avoir trouvé une relation sentimentale avec Ibrahima N. Après de nombreux échanges sur WhatsApp, il est arrivé à Dakar le 28 mars 2025. Accueilli par son interlocuteur, il a passé une première nuit avec lui avant de se rendre à Saly en compagnie de plusieurs membres présumés du groupe.
Le piège se referme quelques jours plus tard. Le 3 avril, Les Échos rapporte qu’Ibrahima N. aurait convaincu le Belge de revenir à Dakar, où il s’est retrouvé sur l’île de Ngor. D’après les éléments relatés par le journal, Jean Jacques M. y aurait été « enfermé, dépouillé de ses effets personnels » et contraint, sous la menace, de demander 7 000 euros, soit près de 4,6 millions de francs CFA, à son frère en Belgique. Ce dernier lui aurait finalement transféré 5 000 euros, soit plus de 3 millions de francs CFA, via Western Union.
L’alerte donnée par l’entourage du Belge a permis aux enquêteurs de la Section de recherches de remonter la piste du groupe. Les gendarmes auraient notamment exploité le numéro utilisé pour le retrait de l’argent afin de localiser les suspects. Jean Jacques M. a finalement été libéré le 4 avril. Les investigations ont ainsi mis au jour un système reposant sur des rencontres virtuelles, suivies de pièges et de demandes d’extorsion.
Ironie de la procédure, relève le quotidien d’information, « victime de séquestration et de la tentative d’extorsion », Jean Jacques M. est également poursuivi pour « actes contre-nature ». Des examens médicaux ont fait apparaître des lésions anales chez le Belge et Ibrahima N. Les deux hommes n’auraient pas souhaité s’expliquer sur ces constatations. Jean Jacques M. aurait, pour sa part, déclaré avoir subi des actes sexuels imposés.
Ibrahima N. est poursuivi pour association de malfaiteurs, actes contre-nature, séquestration délictuelle et tentative d’extorsion de fonds. Ndiémé S., Fatoumata Bintou K. et Abdoulaye B. sont poursuivis pour complicité de ces infractions, à l’exception des actes contre-nature. Jean Jacques M., qui s’est également constitué partie civile, avait bénéficié d’une liberté provisoire avant de quitter le Sénégal. Jugé en son absence, il n’était donc pas présent à l’audience.
Après les réquisitions du parquet, la défense, notamment Me Ibrahima Diagne, a plaidé la relaxe des prévenus.
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