La rigueur du ministre face aux larmes de la veuve : le grand hiatus (par Adama Ndiaye)
Ce mardi 8 septembre, Mohamed Al Aminou Lo s'est soumis à l'exercice de la Déclaration de politique générale devant la représentation nationale. Un rendez-vous républicain inédit et sous haute tension : le Premier ministre s'est adressé à une Assemblée hostile, l'exécutif et le législatif se regardant en chiens de faïence depuis la rupture entre le Président de la République, Bassirou Diomaye Faye, et l'ex-Premier ministre Ousmane Sonko, désormais président d'une Chambre acquise à sa cause. À l'exception de quelques frictions mineures, la séance s'est déroulée dans le calme et la sobriété requis pour ce genre de solennité.
Pour ce grand oral, l'ancien Directeur national de la BCEAO pour le Sénégal (2014-2024) a revêtu les habits de Margaret Thatcher, Première ministre britannique de 1979 à 1990. L'économiste de formation a livré un diagnostic d’un réalisme cru, sans faux-fuyants ni artifices sur l'état des finances publiques. Loin des promesses faciles ou de l’illusion de lendemains enchanteurs, M. Lo a plutôt promis de la sueur et des larmes.
La démarche est louable. Les Sénégalais, trop souvent habitués par leur classe politique à des discours lénifiants où le réel se perd sous un verbiage creux, ont entendu un langage de vérité. Façonné par sa rigueur professionnelle, Mohamed Al Aminou Lo n'y est pas allé par quatre chemins : « On ne vaut plus rien sur le marché international. Donc la réalité est là. Je ne parle pas des agences de notation : elles nous ont amenés au 5ᵉ sous-sol. C’est cela, l’ajustement. On y est », a-t-il tranché.
Avant d’enfoncer le clou avec une précision chirurgicale : « Quand vous avez ce taux de croissance et que votre taux de natalité est à 3 %, vous vous appauvrissez. Nous nous sommes appauvris en 2025 et nous allons encore nous appauvrir en 2026. » Et d'asséner : « Nos titres publics, les obligations qu’on avait sur le marché international, s’ils coûtaient 100, ils se vendent aujourd’hui à 50. Voilà la réalité de ce pays. »
Le constat est implacable, le diagnostic indiscutable. Mais, sans céder à la démagogie, que peuvent retenir de ce discours les centaines de Sénégalais descendus dans la rue le week-end dernier pour protester contre la vie chère ? Que doit en penser cette veuve dont le témoignage poignant résume à lui seul la détresse des ménages ? Quel message d'espoir, d'optimisme et de foi en l'avenir leur a été adressé ?
Comme le soulignait le philosophe Baruch Spinoza : « Le désespoir est une peur sans attente ; l'espérance est un désir sans crainte. » Or, derrière le voile de la rigueur budgétaire et de la vérité des chiffres, l'angoisse grandit et l'État semble étaler son impuissance face à une cherté de la vie qui atteint des proportions intolérables.
Par manque de volontarisme et d'autorité, la puissance publique semble avoir abdiqué sur des chantiers prioritaires, à commencer par la régulation des loyers. Malgré les engagements répétés et la mise en place du Conseil national de régulation des loyers (CONAREL) — organe censé encadrer les prix et arbitrer les litiges entre bailleurs et locataires —, les propriétaires continuent d'imposer leur loi à des citoyens démunis et mal armés pour faire valoir leurs droits. Sur le front des denrées de première nécessité, le constat est tout aussi amer : des hausses cycliques sont décrétées par la spéculation marchande sans justification apparente, sous le regard résigné de populations abandonnées.
S'il est bon d'asséner des vérités économiques, la première urgence du Premier ministre et de son gouvernement reste de faire respecter l'autorité de l'État. Il est temps que la puissance publique exerce pleinement ses prérogatives pour protéger les citoyens contre l'anarchie des marchés et la rapacité des spéculateurs. C'est à ce prix seulement que la vérité des chiffres pourra redonner un sens à l'espérance collective.
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