Formation doctorale : Les femmes toujours à la traîne au Sénégal
Le système doctoral sénégalais fait face à plusieurs défis structurels, notamment l’insuffisance des financements, les difficultés d’encadrement et la faible représentation des femmes dans les parcours de recherche.
Selon les données présentées par la professeure Ndèye Marème Sougou, enseignante en santé publique à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) et investigatrice principale du projet PHD Model de Pathfinder, le Sénégal comptait environ 6 000 doctorants inscrits, dont seulement 33 % de femmes. Le taux d’abandon était estimé à près de 30 %, une proportion susceptible d’être sous-évaluée en raison du manque de suivi des étudiants au-delà de leur 4e année.
Ces chiffres mettent en lumière les fragilités d’un système qui, malgré un potentiel scientifique important, peine encore à garantir aux doctorants des conditions optimales de formation et de recherche.
C’est dans ce contexte que le Partenariat pour la recherche africaine en sciences sociales et en gouvernance (PASGR), avec l’appui de la fondation Andrew Carnegie, avait initié un programme de recherche de trois ans dans sept pays africains, dont le Sénégal. L’objectif était d’analyser les pratiques et les procédures doctorales afin d’identifier les modèles de formation les plus efficaces et de proposer des pistes d’amélioration de la qualité de l’enseignement doctoral et du taux de réussite.
Lors de la présentation de cette initiative au Sénégal, hier, la Pre. Sougou avait notamment attiré l’attention sur les insuffisances du dispositif national. «Le Sénégal fait partie des pays qui produisent le plus de doctorants. C’est un plus réel qui montre les capacités de notre pays en termes de recherche scientifique. Mais la formation doctorale a encore beaucoup de défauts, parmi lesquels le financement des thèses, l’encadrement des doctorants et l’accès aux ressources qui leur permettent de produire de la recherche », a-t-elle souligné.
Le financement, un obstacle à l’achèvement des thèses
Parmi les principales difficultés identifiées figure la question du financement. Les bourses disponibles ne couvrent pas suffisamment les dépenses liées à la réalisation des travaux de recherche. Une situation qui oblige certains doctorants à mobiliser leurs propres ressources ou à rechercher des financements complémentaires pour poursuivre leurs études.
Pour la chercheuse, la solution passe notamment par un engagement financier accru des États africains. Elle plaide ainsi pour une recherche davantage financée par des ressources locales, afin que les connaissances produites répondent aux besoins des pays concernés.
«On aimerait que le financement de la recherche soit endogène, qu’il vienne des pays, parce que les résultats restent dans les pays et seront utilisés par les pays», a-t-elle défendu.
Au-delà du financement, la qualité de l’encadrement constitue un autre défi majeur. Le Sénégal compte 15 écoles doctorales, mais une partie importante des étudiants inscrits en première année ne parvient pas à franchir l’étape de la soutenance.
Cette situation s’explique notamment par la charge de travail des enseignants-chercheurs, dont certains peuvent encadrer jusqu’à dix doctorants simultanément. Une telle concentration des responsabilités peut limiter le suivi individuel des étudiants et ralentir la progression de leurs travaux.
Les femmes toujours sous-représentées dans le parcours doctoral
Les inégalités de genre constituent également une préoccupation centrale. «Les doctorantes ont beaucoup plus de difficultés à terminer leur thèse. Elles ont également plus de difficultés à accéder au doctorat. Lorsqu’elles y arrivent, elles rencontrent davantage d’obstacles, notamment en raison du manque de financement et d’un environnement académique qui n’est pas assez sensible au genre», explique la chercheuse.
Sur le plan de la production scientifique, le Sénégal avait enregistré 499 soutenances de thèses en 2023, contre 496 en 2022. Une évolution qui témoigne d’une relative stabilité du nombre de doctorats soutenus, mais qui ne suffit pas à masquer les difficultés liées à l’achèvement des parcours.
Commentaires (9)
Contrairement aux medecins que ne perdent pas de temps dans les magouilles. Ce sont les seuls qui aident et qui aiment le Senegal. Tous les autres ne font que de la pédanterie.🔥
Prof Marèm Sougou
Bonne continuation 👍👍👍❤️❤️
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