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Entretien avec le président de la LSFP : Babacar Ndiaye dresse le bilan et fixe le cap du football professionnel

Auteur: Propos recueillis par Ndèye Astou KONATÉ (Seneweb)

Entretien avec le président de la LSFP : Babacar Ndiaye dresse le bilan et fixe le cap du football professionnel

Entretien avec le président de la LSFP : Babacar Ndiaye dresse le bilan et fixe le cap du football professionnel

À l’approche du démarrage du championnat professionnel sénégalais, Babacar Ndiaye, président de la Ligue sénégalaise de football professionnel (LSFP), a fait le point sur les réformes majeures conduites sous son magistère et présenté les grandes orientations pour la saison à venir. Dans cet entretien accordé à Seneweb en marge de sa rencontre avec la presse, le dirigeant aborde sans détour les enjeux financiers, structurels et humains du football national.

​Quel bilan tirez-vous de votre première année à la tête de la Ligue professionnelle ?

​Actuellement, la Ligue professionnelle compte 32 équipes. Dans nos fichiers, nous recensons entre 1 600 et 2 000 joueurs ayant le statut de professionnels ou de stagiaires dans ces 32 clubs. Nous estimons également entre 3 000 et 5 000 les emplois directs générés par le secteur, incluant les entraîneurs, les médecins et l’ensemble du personnel qui gravite autour des équipes, sans compter les emplois indirects créés autour des stades.

​En matière d’abonnements numériques, la Ligue dépasse généralement les cinq millions d'utilisateurs. Je voudrais d’ailleurs en profiter pour remercier tous les partenaires qui nous accompagnent.

​La Ligue professionnelle contribue également à hauteur de 50 à 60 % aux effectifs des sélections nationales. Nous l’avons constaté lors du sacre des U17 avec, si je ne m’abuse, neuf à dix titulaires issus de la Ligue 1. Nous le constatons également avec le groupe présent à Bamako, qui compte une dizaine à une douzaine de joueurs de Ligue 1. Cela atteste du travail remarquable accompli par les clubs de Ligue 1 et de Ligue 2. On reprochait souvent aux structures leur retard dans la formation des jeunes, mais ce retard est en train d’être progressivement comblé, au grand bénéfice de la nation sénégalaise.

​Notre premier cheval de bataille a été la rigueur financière. Nous sommes passés de 101 millions de FCFA pour le coût d’une saison à 60 millions, soit une économie substantielle de près de 40 millions de FCFA. Je remercie les membres de la Fédération, les services de la comptabilité et des finances, les commissaires, les forces de sécurité et tous les centres de coûts qui ont accepté de s’asseoir autour d’une table pour réduire le train de vie de l'institution. Malgré cette rationalisation budgétaire, nous avons renforcé les effectifs du pôle marketing tout en intensifiant nos investissements.

​Deuxième point : nous avons investi massivement dans le développement du capital humain et la formation des acteurs (administratifs, dirigeants, entraîneurs, commissaires de match, personnel médical). Nous avons collaboré avec l’ADPME pour renforcer les compétences managériales et les outils professionnels. Des sessions axées sur le marketing, le droit du sport via FIFA Legal et le système Clearing House ont été dispensées. Nous avons accompagné les 32 clubs pour leur expliquer la gestion des indemnités de formation et la maîtrise du système TMS (Transfer Matching System).

​Troisième point : l’innovation numérique avec l’application Senegal Ligue Pro. Auparavant, lorsqu’une équipe jouait sur un terrain, il était parfois difficile de suivre en direct l'évolution des scores sur les autres pelouses. Aujourd’hui, une jeune équipe dédiée actualise instantanément les résultats et les données statistiques. Je félicite chaleureusement l’équipe digitale de la Ligue pour son engagement.

​Nous avons également concrétisé notre référencement sur Transfermarkt. Sur les marchés de matières premières comme le blé ou l'or, il existe des cours de référence. Or, nos footballeurs sénégalais ne bénéficiaient pas de cette visibilité internationale. Un travail considérable de trois à quatre mois a permis au championnat sénégalais d’être référencé sur Transfermarkt, faisant du Sénégal le premier pays francophone à obtenir cette reconnaissance. La Ligue 1 y est ainsi évaluée à 24 millions d’euros, et l'intégration de la Ligue 2 est également actée ou en voie de l'être.

​Ce référencement offre une vitrine inédite à nos athlètes. Auparavant, les recruteurs nous interrogeaient sur la valeur marchande de nos joueurs. Désormais, les clubs et les athlètes doivent travailler à valoriser cet actif. Il ne suffit plus de diffuser de courtes vidéos de présentation : il faut produire du contenu structuré.

​Enfin, nous avons engagé la digitalisation des procédures administratives, notamment les feuilles de match et les contrats, afin d'éradiquer les litiges contractuels sur la durée des engagements. À terme, dès la signature de son contrat, chaque joueur en recevra une copie numérisée directement sur son téléphone.

​Quelles autres mesures ont été prises pour améliorer le fonctionnement de la Ligue ?

​La professionnalisation exige des investissements matériels et méthodologiques : acquisition d'équipements informatiques, modernisation des locaux, formalisation des réunions de travail et suivi des indicateurs clés de performance (KPI).

​Nous avons structuré des cellules opérationnelles performantes. À titre d'exemple, pour le service juridique, les procès-verbaux mettaient autrefois deux à cinq semaines avant d’être publiés. Désormais, les rapports doivent parvenir à la Ligue au plus tard le lundi. Les clubs disposent du mardi et du mercredi pour formuler leurs observations, et les procès-verbaux sont impérativement publiés au plus tard le jeudi ou le vendredi. On ne peut prétendre gérer un football professionnel en laissant des décisions disciplinaires dormir dans les tiroirs.

​De même, les commissaires de match ont été équipés de tablettes connectées. Dès la 90e minute, ils peuvent transmettre leur rapport directement à la Ligue sans avoir à se déplacer physiquement. Nous avons également veillé à l'harmonisation vestimentaire de nos officiels en leur fournissant des dotations complètes de polos professionnels aux couleurs dédiées (vert, blanc, jaune).

​Quelles sont vos ambitions pour la nouvelle saison ?

​Notre priorité absolue est de juguler la violence dans les stades tout en promouvant le spectacle sportif. Nous voulons territorialiser le football professionnel et rapprocher le jeu des populations. C’est une fierté de voir s'affronter des derbys régionaux comme le SMA contre le Casa Sports, ou le Jamono de Mbour face au Stade de Mbour. Cela démontre la vitalité du football sur l'ensemble du territoire national.

​Nous ambitionnons de créer de véritables événements populaires. Plutôt que de tabler sur une seule affiche isolée, nous travaillons à la programmation de cinq à six grands spectacles sportifs par saison, impliquant des fleurons comme le Jaraaf, Guédiawaye FC, l’AS Pikine, le Casa Sports, AJEL ou nos clubs formateurs. L’année dernière, les derbys de Ligue 2, notamment les confrontations entre le Saloum et Kaffrine, ont suscité un engouement populaire remarquable dans les régions.

​Sur le plan audiovisuel, nous plaidons pour un accroissement des retransmissions télévisées. Pour les quatre premières journées de la saison, la diffusion est ouverte. Nos pôles marketing et médias élaborent une nouvelle stratégie globale qui sera exposée aux diffuseurs. Il n’existe aucune rivalité à entretenir entre les chaînes de télévision et aucune ne doit exercer de monopole. Nous nous inscrivons dans un partenariat gagnant-gagnant.

​Des concertations spécifiques seront également tenues au plus tard après la quatrième journée pour régler les questions logistiques et juridiques relatives aux zones de Matam et Mbour.

​La digitalisation va-t-elle se poursuivre ?

​Absolument. Une version optimisée de l’application Senegal Ligue Pro est déjà déployée. Nous développons actuellement la billetterie électronique pour la Coupe de la Ligue et l'accréditation numérique des acteurs. Pour les responsables du contrôle des accès (PCO), une application permettra de vérifier la validité des badges à l’entrée des stades via des QR codes uniques générés sur la plateforme communication.

​Sur le plan des partenariats, nous avons scellé un accord avec la marque Jubba. Chaque club de Ligue 1 et de Ligue 2 recevra une dotation initiale de 30 ballons officiels gratuits — soit près de 960 ballons distribués —, afin d'uniformiser le matériel de jeu sur toutes les pelouses. Les clubs pourront ensuite se réapprovisionner à un tarif préférentiel.

​De plus, pour garantir l'équité visuelle du spectacle, une dotation complète d'équipements homologués sera remise à 160 arbitres du secteur professionnel, grâce à la collaboration du colonel Malang.

​Vous insistez sur la professionnalisation. Où en est réellement le football sénégalais ?

​Le football professionnel sénégalais est une discipline jeune qui construit progressivement ses fondations. Il convient de rappeler qu'il y a peu, les métiers de joueur et d'entraîneur ne figuraient pas formellement dans le Code du sport. Mais nous progressons étape par étape.

​Si l'opinion se montre légitimement exigeante, les avancées sont tangibles. Aujourd’hui, la quasi-totalité des joueurs évoluant au sein des clubs professionnels bénéficie d’une couverture médicale effective, un avantage social dont ne jouissent pas toujours certains travailleurs du secteur privé.

​Sur le plan pécuniaire, des joueurs perçoivent des salaires mensuels compris entre 400 000 et 700 000 FCFA, tandis que certains techniciens émargent à un, deux, voire trois millions de FCFA. Sans étaler la vie privée des acteurs, il faut remettre ces chiffres dans le contexte économique national, où des enseignants encadrant nos enfants ne touchent parfois pas 300 000 FCFA nets.

​Les footballeurs professionnels gagnent décemment leur vie, même si tous ne vivent pas exclusivement de leur fixe. La réalité économique sénégalaise s'impose toutefois : lorsqu'un joueur percevant 300 000 FCFA au pays reçoit une offre d'un club rwandais lui proposant 5 000 dollars, il est parfaitement légitime qu'il saisisse cette opportunité de carrière. Cela n'infirme en rien le caractère professionnel de notre championnat, mais traduit la dynamique d'un secteur en consolidation.

​Estimez-vous que l’État doit accompagner davantage les clubs ?

​Absolument. Le football professionnel est un vecteur de développement socio-économique puissant qui requiert un soutien institutionnel accru de l'État. Aucun championnat professionnel au monde ne s'est structuré sans l'appui des pouvoirs publics. À titre d'exemple, des clubs européens de premier plan comme l’Olympique de Marseille continuent de percevoir des subventions de leurs municipalités.

​Je tiens à rendre un hommage appuyé aux présidents de clubs, aux managers et aux investisseurs privés. Gérer une entité sportive représente des sacrifices financiers lourds, avec des budgets annuels oscillant entre 200 et 300 millions de FCFA supportés sur douze mois. On ne measure pas toujours la complexité de cette charge lorsqu'on critique depuis les tribunes pour un billet de 1 000 FCFA.

​La professionnalisation doit se poursuivre à travers l'actualisation des textes législatifs, l’adaptation de la fiscalité sportive et l'encadrement des cotisations sociales pour protéger les salariés du football.

​Les retards de salaires restent une préoccupation majeure. Que compte faire la Ligue ?

​Les tensions de trésorerie existent dans le secteur privé, mais nous ne pouvons cautionner des arriérés accumulés sur cinq à sept mois.

​La Ligue professionnelle entend activer pleinement la Direction nationale de contrôle de gestion (DNCG), l'organe fédéral compétent pour auditer les budgets des clubs et veiller au respect des engagements contractuels. Le problème découle parfois de surenchères salariales irréalistes : certains clubs s'engagent sur des masses salariales de 15 millions de FCFA mensuels qu'ils ne peuvent honorer sur toute la saison.

​Cette saison, en concertation avec la Fédération, nous allons accentuer le contrôle préalable des contrats. De plus, nous prévoyons de rencontrer les 32 capitaines d'équipe pour les informer de leurs droits. La réglementation de la FIFA prévoit des mécanismes de résiliation unilatérale pour juste cause en cas de défaut de paiement prolongé. Mais pour que la Ligue intervienne, les joueurs doivent utiliser les voies d'information réglementaires.

​Par ailleurs, nous accompagnons pédagogiquement les dirigeants : il est préférable de bâtir un effectif jeune et financièrement soutenable plutôt que de souscrire des engagements insupportables. La ponctualité des rémunérations demeure un impératif éthique et managérial.

​Le démarrage du championnat peut-il être perturbé par l'organisation des Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) Dakar 2026 ?

​Sur le plan théorique, la tenue des JOJ Dakar 2026 ne devrait pas impacter le calendrier de notre compétition. Les correspondances administratives nécessaires ont été adressées aux services de sécurité (police et gendarmerie).

​S'agissant de la programmation, démarrer au milieu du mois constitue déjà une avancée notable par rapport aux saisons précédentes. Nous devons composer avec les réalités locales : la tenue du championnat populaire des Navétanes, la disponibilité des infrastructures et la préparation des clubs.

​Si toutefois des nécessités de sécurité nationale ou des cas de force majeure liés aux JOJ amenaient l’État à nous demander d'aménager le calendrier, nous nous y conformerions immédiatement en citoyens responsables. Nous pourrions alors envisager l'organisation de tournois de présaison financés par nos partenaires pour maintenir les effectifs compétitifs.

​Le Sénégal demeure un vivier exceptionnel de talents recherchés sur le marché international. L'attractivité de nos joueurs témoigne de l'expertise de nos éducateurs et de l'engagement de nos dirigeants. Je suis convaincu que nous allons vivre une saison palpitante, marquée par l'élévation du niveau de jeu en Ligue 1 comme en Ligue 2.

​Qu’en est-il du versement des subventions et des primes aux clubs ?

​À notre prise de fonction, nous avons en priorité apuré un passif de dettes s'élevant à 125 millions de FCFA, en parfait accord avec la Fédération.

​Concernant les gratifications sportives, nous avons tenu la promesse de doubler la prime dévolue au champion de Ligue 1, portée de 20 à 40 millions de FCFA pour le Teungueth FC. Le dauphin, AJEL, a perçu 10 millions de FCFA. En Ligue 2, le vainqueur (SMA) a vu sa dotation passer de 5 à 10 millions de FCFA. De même, la prime du vainqueur de la Coupe de la Ligue (Sonacos) a été portée à 15 millions de FCFA. Tous nos engagements financiers au titre de la saison écoulée ont été scrupuleusement honorés.

​Pour les subventions de la nouvelle saison, la distribution des équipements de jeu est en cours et nous intensifions notre prospection commerciale. Dans un contexte économique mondial complexe, décrocher des partenariats privés exige de la méthode. C'est pourquoi nous allons organiser des sessions de formation en marketing au bénéfice des clubs pour les aider à structurer des offres sponsorings attractives, axées sur la responsabilité sociétale d'entreprise (RSE) et le retour sur investissement image.

​C’est par cette démarche rigoureuse et progressive que nous consoliderons durablement les ressources du football professionnel sénégalais.

⚡ Résumé express généré par IA, vérifié par la rédaction
- La Ligue professionnelle compte 32 équipes et entre 1 600 et 2 000 joueurs professionnels ou stagiaires, avec 3 000 à 5 000 emplois directs estimés. - Le coût d'une saison est passé de 101 millions à 60 millions de FCFA, soit une économie de près de 40 millions de FCFA. - Le championnat sénégalais est référencé sur Transfermarkt, une première pour un pays francophone, avec la Ligue 1 évaluée à 24 millions d'euros.
Auteur: Propos recueillis par Ndèye Astou KONATÉ (Seneweb)
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