LE PASTEF FACE AU MIROIR DE SES CONTRADICTIONS (Par Made Codé Ndiaye)
« En rejetant la LFR 2026, le parti d'Ousmane Sonko conteste des mesures qu'il avait lui-même conçues, défendues et appliquées au pouvoir. »
Il est des moments où la politique cesse d'être un débat d'idées pour devenir un exercice de pure opportunité. Le rejet de la Loi de Finances Rectificative (LFR) 2026 par le PASTEF appartient malheureusement à cette catégorie. Derrière les grands discours et les accusations portées contre le gouvernement, se cache une réalité difficile à ignorer : le PASTEF combat aujourd'hui ce qu'il défendait hier, renie ce qu'il a lui-même mis en œuvre et tente de justifier l'injustifiable au prix d'une incohérence politique flagrante.
Le plus troublant n'est pas que le PASTEF s'oppose. Toute démocratie a besoin d'une opposition forte, vigilante et exigeante. Le plus troublant est que les arguments invoqués pour rejeter cette LFR sont en contradiction totale avec les actes posés par le même parti lorsqu'il détenait les leviers du pouvoir.
QUAND LES CONVICTIONS CHANGENT AU GRÉ DES INTÉRÊTS POLITIQUES
Premier exemple : les subventions à l'énergie.
Pendant deux années, Ousmane Sonko et son gouvernement ont expliqué aux Sénégalais que le modèle des subventions généralisées était devenu insoutenable. Devant l'Assemblée nationale, l'ancien Premier ministre alertait lui-même sur le poids exorbitant de ces dépenses pour les finances publiques, aggravé par les chocs internationaux et les tensions géopolitiques.
Mieux encore, le gouvernement du PASTEF avait fait de la « subvention ciblée » l'un des piliers de sa doctrine économique. Selon ses propres explications, il fallait mettre fin aux mécanismes coûteux et inefficaces pour concentrer l'aide publique sur les couches les plus vulnérables.
Comment comprendre alors que les mêmes responsables dénoncent aujourd'hui une orientation qu'ils présentaient hier comme une nécessité nationale ?
La vérité est simple : ce qui était présenté comme une réforme courageuse lorsqu'ils gouvernaient est devenu subitement une erreur dès lors qu'ils ne contrôlent plus seuls le récit politique.
Une position aussi contradictoire ne relève plus du débat démocratique. Elle relève du calcul politique.
LES BOURSES FAMILIALES : VERTUEUSES HIER, SUSPECTES AUJOURD'HUI
La même mauvaise foi apparaît dans le débat sur les bourses de sécurité familiale.
Lorsque ces programmes figuraient dans les orientations budgétaires du gouvernement Sonko, ils étaient présentés comme un outil de justice sociale, de solidarité nationale et de lutte contre la pauvreté. Personne au sein du PASTEF n'y voyait alors une manœuvre électoraliste.
Mais aujourd'hui, certains responsables du même parti affirment que ces dispositifs serviraient au Président Diomaye Faye pour fabriquer de nouveaux électeurs.
Comment une politique sociale peut-elle changer de nature sans que son principe ne change ?
Était-elle républicaine lorsqu'elle était portée par le PASTEF et clientéliste lorsqu'elle est poursuivie par d'autres ?
Cette logique aboutit à une conclusion absurde : une mesure n'est plus jugée sur son utilité pour les populations, mais sur l'identité politique de celui qui l'applique.
C'est une vision dangereuse de l'action publique.
LES FONDS SPÉCIAUX : LA MORALE À GÉOMÉTRIE VARIABLE
Mais c'est probablement sur la question des fonds spéciaux que la contradiction atteint son paroxysme.
Pendant des années, Ousmane Sonko a bâti une partie de son discours politique sur la dénonciation des pratiques opaques de gestion de l'État. Il réclamait davantage de transparence et n'hésitait pas à qualifier certains mécanismes de gouvernance financière comme incompatibles avec les exigences de la bonne gouvernance.
Or, les révélations intervenues après son départ de la Primature ont établi que ces fonds spéciaux, pourtant décriés, ont été utilisés durant les années 2024, 2025 et 2026 sans que leur encadrement n'ait été préalablement réformé.
Dès lors, une question demeure sans réponse :
Pourquoi utiliser pendant trois ans un mécanisme que l'on présentait soi-même comme moralement et politiquement contestable ?
Les principes ne valent que lorsqu'ils s'appliquent également à ceux qui les proclament. Sinon, ils cessent d'être des principes pour devenir de simples instruments de communication politique.
UN REJET PROGRAMMÉ D'AVANCE
Plus inquiétant encore, tout porte à croire que l'opposition à la LFR 2026 était décidée avant même que le texte ne soit débattu sur le fond.
Avant sa présentation devant l'Assemblée nationale, Ousmane Sonko avait déjà annoncé son intention d'attendre le gouvernement « au pied du mur », laissant clairement entendre qu'il entendait lui faire subir le même traitement que celui qu'il estimait avoir subi à travers les recours devant le Conseil constitutionnel.
Autrement dit, le problème n'était peut-être pas le contenu de la LFR.
Le problème était politique.
Le rejet semblait relever moins d'une analyse des mesures proposées que d'une volonté d'organiser un rapport de force et de régler des comptes politiques.
Une telle attitude est préoccupante. Car lorsqu'une formation politique privilégie la revanche à la cohérence, la nation devient la principale victime de ses calculs.
PENDANT QUE LES POLITICIENS SE DISPUTENT, LES SÉNÉGALAIS ATTENDENT
Le drame est que ce bras de fer intervient au moment où les Sénégalais font face à des défis majeurs.
Les familles continuent de supporter la cherté de la vie.
Des milliers de jeunes cherchent un emploi.
Les agriculteurs attendent davantage d'investissements et d'accompagnement.
Les hôpitaux et les écoles ont besoin de ressources supplémentaires.
Voilà les véritables urgences du pays.
Ce dont les Sénégalais ont besoin, ce n'est pas d'une guerre politique permanente. Ce n'est pas non plus d'une opposition qui soutient une mesure le lundi pour la condamner le mardi selon sa position institutionnelle du moment.
Ils attendent des dirigeants capables de dépasser leurs intérêts immédiats pour servir l'intérêt général.
LE PATRIOTISME SE MESURE À LA COHÉRENCE
Au fond, la question de la LFR 2026 dépasse le simple cadre d'un débat budgétaire. Elle pose celle de la crédibilité politique.
Peut-on prétendre incarner le changement tout en combattant aujourd'hui les réformes défendues hier ?
Peut-on invoquer la morale publique tout en s'affranchissant soi-même des exigences que l'on impose aux autres ?
Peut-on se présenter comme le porte-voix du peuple tout en bloquant des mesures destinées à répondre à ses préoccupations les plus urgentes ?
Les Sénégalais méritent mieux que des postures circonstancielles. Ils méritent une classe politique guidée par des convictions constantes et non par des intérêts fluctuants.
Car le patriotisme véritable ne se proclame pas dans les meetings ou les conférences de presse. Il se révèle lorsque les intérêts partisans entrent en conflit avec l'intérêt supérieur de la nation.
Et c'est précisément dans ces moments-là que chacun est mis face à son histoire, à ses responsabilités et à sa cohérence. Aujourd'hui, en rejetant la LFR 2026 au nom d'arguments qu'il contredisait lui-même hier, le PASTEF donne malheureusement le sentiment d'avoir choisi le combat politique plutôt que l'intérêt national.
Hélas, le vin est tiré, il faut le boire, Aléa jacta est !
Made Codé Ndiaye
Ingénieur en Télécommunications
Membre fondateur de KIIRAAY - LPR
Commentaires (13)
Analysons. Il rejoint quelqu'un qui a trahi, et il œuvre pour que la trahison triomphe. Un africain, un musulman, qui se bat pour que les valeurs humaines, qu'il avait érigé en standard, échouent. Sérieusement, vous pensez que ce sénégalais n'a pas un ressort cassé quelque part ?
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