[Dossier 2/3] Suppression du Dîner dans les foyers : Économiste et sociologue décryptent les causes et conséquences du mal
Chez Pa Sidibé, le dîner a fini par disparaître des habitudes familiales, tandis que chez Soda Ndiaye, chaque repas est devenu un exercice d’arbitrage permanent. Dans ce second volet de notre dossier grand format en trois parties consacré au délitement de la table familiale, économiste et sociologue analysent les mécanismes de ce phénomène grandissant. Entre la baisse drastique du pouvoir d'achat décortiquée par Meissa Babou et le risque de rupture du lien intergénérationnel alerté par Mame Aminata Diagne, la suppression du repas du soir révèle une crise sociale profonde aux conséquences humaines invisibles.
Chez Pa Sidibé, le dîner a fini par disparaître des habitudes familiales. Chez Soda Ndiaye, chaque repas est devenu un exercice d’arbitrage. Et autour des bassines de « fondé » de Ndeye Fama Diouf, c'est au quotidien la ruée des clients qui viennent chercher de quoi nourrir toute une famille à moindre coût. Des situations différentes, mais une réalité identique : quand les revenus ne suivent plus, l’alimentation devient l’un des premiers postes sacrifiés. Derrière ces histoires vécues se dessine une réalité plus large : celle de ménages contraints de revoir leurs dépenses face à la pression constante du coût de la vie. Mais lorsque les arbitrages touchent à l’alimentation, leurs effets ne s’arrêtent pas au contenu de l’assiette. Ils interrogent aussi l’équilibre économique des familles, leurs habitudes et, au-delà, les liens fondamentaux qui unissent leurs membres.
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Le pouvoir d’achat des ménages sous pression
Pour l’économiste Meissa Babou, la disparition du dîner dans certains foyers s’inscrit dans un contexte plus large de pression étouffante sur les dépenses des ménages. Entre les loyers, les frais de scolarité et les dépenses alimentaires, les familles doivent désormais multiplier les arbitrages délicats.
« La nouvelle configuration socio-économique du Sénégal révèle effectivement des difficultés énormes. Face aux charges locatives et à l’énormité des charges scolaires, l’alimentation devient l’un des postes les plus compliqués à assurer », analyse-t-il.
Face à ces contraintes, les ménages tentent d’adapter leur niveau de consommation à leurs revenus réels. Une situation qui se traduit, selon l’économiste, par la disparition progressive du dîner dans de nombreux foyers.
« Nos compatriotes essaient de s’adapter, d’adapter leur pouvoir d’achat aux dépenses d’alimentation. Dans bien des ménages, le dîner n’est plus assuré par le chef de famille. Les adultes doivent parfois se débrouiller seuls pour se nourrir », explique Meissa Babou.
Quand le repas familial devient une dépense trop lourde
Cette adaptation contrainte se traduit également par de nouvelles habitudes alimentaires. Pour les ménages qui ne peuvent plus supporter le coût financier d’un repas préparé à la maison, les solutions de restauration informelle de proximité deviennent une alternative de survie. Gargotes et « restaurants maison » prennent ainsi une place croissante dans le quotidien des quartiers populaires.
« Pour pallier ces difficultés, on se tourne vers ces nouveaux métiers, qui sont en fait des restaurants maison, des gargotes, qui proposent du fondé ou, en tout cas, des repas moins chers », souligne l’économiste.
Derrière ces nouvelles pratiques, Meissa Babou voit surtout le signe d’un pouvoir d’achat fortement fragilisé. « On peut effectivement dire que le pouvoir d’achat des Sénégalais est extrêmement secoué », estime-t-il, allant jusqu’à évoquer « une situation économique désastreuse ».
Cette pression finit par toucher le contenu même des repas, mais aussi leur fréquence quotidienne. Pour les ménages les plus fragiles, la question n’est plus seulement de savoir quoi manger, mais parfois de savoir combien de repas il est encore possible d’assurer chaque jour.
Trois repas par jour : Un équilibre devenu presque impossible
« Beaucoup de familles n’ont pas le choix et ne peuvent plus assurer les trois repas quotidiens », affirme Meissa Babou. Une situation qui pousse certains adultes à se débrouiller individuellement pour manger et qui fragilise davantage l'autorité et le rôle traditionnel du chef de famille dans la prise en charge alimentaire du foyer.
L’économiste replace cette réalité dans la problématique plus large de la pauvreté, qu’il estime directement liée au déséquilibre entre les revenus des ménages et leurs dépenses incompressibles.
« La pauvreté absolue ou relative se mesure par rapport au pouvoir d’achat, donc au revenu, et par rapport aux dépenses de la famille », rappelle-t-il.
En milieu urbain, notamment à Dakar, les ménages doivent ainsi composer avec trois postes de dépenses majeurs : le logement, la scolarité et l’alimentation. Mais cette équation économique ne se résume pas à des chiffres. Elle est aussi influencée par les solidarités familiales traditionnelles et les responsabilités écrasantes qui pèsent sur ceux qui prennent en charge plusieurs proches.
Une solidarité familiale qui peut aussi fragiliser les ménages
« Nous sommes aussi dans une société de consommation sociale. Les Sénégalais sont tellement festifs qu’on a souvent tendance à oublier qu’on doit faire des réserves pour éviter de sombrer dans une pauvreté absolue », observe-t-il.
L’économiste évoque également le poids sociologique des familles élargies, où un seul revenu modeste doit parfois servir à entretenir une pluralité de dépendants.
« Dans chaque ménage, c’est souvent une seule personne qui doit travailler pour soutenir toute la famille, une famille très souvent élargie d’une dizaine de personnes », explique-t-il, avant de résumer cette pression par une formule évocatrice : « À force de vouloir aider neuf pauvres, on risque d’être le dixième ».
Cette fragilité économique ne s’arrête donc pas au seul périmètre de la table familiale. Lorsqu’un ménage peine à assurer ses dépenses essentielles, les conséquences peuvent progressivement toucher les enfants et les adolescents, et modifier négativement leur trajectoire de vie.
La pauvreté : Un risque qui dépasse la simple alimentation
Pour Meissa Babou, les conséquences de cette précarité dépassent largement la seule question des repas quotidiens. Il alerte notamment sur les risques graves auxquels se trouvent exposés les enfants et les adolescents issus des ménages les plus vulnérables.
« Le risque par rapport à cette situation de pauvreté est énorme », avertit-il.
Chez les garçons mineurs, il évoque notamment le risque d'errance rue, de délinquance ou d’exploitation économique. Pour les jeunes filles, il alerte sur les risques de déscolarisation précoce, de vulnérabilité sociale et d’exposition aux violences et à l’exploitation sexuelle.
« Les conséquences risquent d’être fatales pour les membres d’une telle famille », conclut l’économiste.
Le dîner : Un rare moment de retrouvailles familiales
Pour la sociologue Mame Aminata Diagne, la disparition du dîner ne touche pas seulement aux habitudes alimentaires. Elle menace aussi un moment fondamental de la vie familiale : celui où les membres d’une même concession se retrouvent après une journée d'activités extérieures.
« Le dîner est l’un des moments les plus attendus dans la famille. Dans beaucoup de foyers, les parents travaillent toute la journée et n’ont que la nuit pour retrouver leurs enfants autour du repas. C’est l’occasion de discuter, de passer du temps ensemble et de combler le vide créé durant la journée », explique-t-elle.
Quand chacun mange de son côté, les échanges se raréfient
Or, lorsque le repas du soir disparaît, ce rendez-vous quotidien s'évanouit avec lui. Dans certaines familles, chaque enfant reçoit désormais une petite somme d'argent pour se nourrir individuellement au dehors. Une pratique qui, selon la sociologue, accentue la distance relationnelle entre parents et enfants.
« L’enfant mange, puis va se coucher, sans forcément croiser ses parents qui rentrent tard. Des parents peuvent ainsi passer plusieurs jours sans véritablement interagir avec leurs enfants. Manger seul ne favorise pas non plus la familiarisation avec les autres membres de la famille et peut habituer l’enfant à une forme d’isolement et de solitude », souligne Mame Aminata Diagne.
Un sacrifice économique aux lourdes conséquences morales
La sociologue reconnaît que, dans un contexte de vie chère, supprimer le dîner peut apparaître comme un arbitrage financier inévitable pour certains ménages. Mais derrière cette économie matérielle se cache un coût social inestimable : celui de la communication, du contrôle parental et de l'éducation au sein du foyer.
« Les temps sont durs et, pour certains, sacrifier le dîner reste une alternative. Mais cette option n’est pas sans conséquence. Le repas constitue un moment privilégié pour communiquer, discuter, partager avec les enfants, mais aussi les accompagner et les recadrer. Si ce moment disparaît à cause de la conjoncture, c’est aussi une partie importante de cette transmission familiale et morale qui risque de s’effacer », avertit-elle.
Mais la pression économique ne se mesure pas seulement à ce que les familles peuvent encore s'offrir au marché. Elle se mesure aussi à ce qu’elles perdent lorsque les contraintes financières finissent par altérer leurs modes de vie fondamentaux. Et parmi ces pertes invisibles, il y a ce moment aussi ordinaire qu’essentiel : celui du repas partagé autour du bol familial.
Lorsque les contraintes économiques conduisent les familles à réduire ou à supprimer le repas du soir, la question ne se limite plus au pouvoir d’achat ni aux relations au sein du foyer. Elle touche aussi directement à la qualité nutritionnelle de ce que les familles mettent dans leur assiette et aux risques sanitaires majeurs qui peuvent en découler.
Commentaires (35)
Sous Macky on vivait très bien
Africans eat too much
Peut être que ton patron chinois veut des esclaves.
« Ne crois pas que l’État ou l’école feront ton destin.
Ils peuvent te donner des outils, mais jamais ta victoire.
Ta richesse naît de ton audace,
Ton intelligence de ta discipline,
Et ta réussite de ta responsabilité. Chaque pas que tu fais pour toi-même
Est une pierre posée sur le chemin de ta grandeur.
Alors, arrête d’attendre qu’on t’élève :
Lève-toi toi-même, et le monde suivra »
Aucun gouvernement et aucun budget fusse t-il celui des USA ou de Dubai ne pourra jamais régler ce problème qui ne fait que commencer.
Quand tu entends celles occidentalisées ou manipulées par le Féminisme,parler de Droits des Femmes,Droits des Femmes,alors que la plupart n apportent rien aux frais de survie et d entretien des ménages,t as juste envie de les gifler.
Plus d investisseurs trop de chomeurs c est normal le Pastef et son leader ont cause trop de mal aux senegalais.
Qu Allah ns protege!
Amine!
Seules 4 travaillent, et autres capables de travailler veulent le boulot parfait
Vous voyez le problème
Sinon il faut apprendre aux gens qui sont dans les familles et fichent rien d’aller travailler et participer à la dépense quotidienne au Sénégal on nourrit trop de paresseux
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