Désamour du public, boom du privé : Les dessous d'une mutation de l'école sénégalaise
Longtemps considéré comme la voie privilégiée vers la réussite scolaire et sociale, l’enseignement public voit son image progressivement concurrencée par celle du privé. À Dakar notamment, où les établissements privés sont désormais largement majoritaires dans le primaire, de plus en plus de familles privilégient ces structures. Un choix qui traduit une évolution profonde du rapport des Sénégalais à l’école publique.
Pendant longtemps, l’école publique incarnait la rigueur, la discipline, la qualité de l’enseignement et, surtout, une voie privilégiée vers la réussite professionnelle et sociale. Aujourd’hui, le rapport des familles à cette école semble avoir profondément changé, surtout dans la capitale. Même si le public reste largement majoritaire à l’échelle nationale — avec 80,1 % des 11 181 établissements élémentaires recensés durant l’année scolaire 2023-2024 —, la situation est bien différente à Dakar. Selon les données de la Direction de la planification et de la réforme de l’éducation (DPRE), reprises par l’ANSD, les écoles privées représentaient 72,9 % des établissements élémentaires de la capitale, contre seulement 25,6 % pour le public. La progression du privé apparaît également dans les statistiques internationales. En 2024, 18,9 % des élèves du primaire au Sénégal étaient scolarisés dans le privé, selon les données de l’UNESCO reprises par la Banque mondiale. Au secondaire, cette proportion atteignait 21,5 % en 2023.
Ces données démontrent une présence particulièrement importante du privé dans les grands centres urbains, pesant de plus en plus dans les choix des familles. Selon le professeur de Lettres modernes, le Dr Massamba Guèye, cette concentration dans la capitale fait de l’urbanisation l’un des facteurs de transformation du rapport des familles à l’école. Dans les villes, explique-t-il, les enfants sont orientés de plus en plus tôt vers des structures privées, notamment dans le préscolaire. « Il y a une grande urbanisation du pays. Les gens sont de plus en plus nombreux dans les villes. Il y a de moins en moins d’accès possible, dans certaines situations, à une école publique pour les crèches. Donc, très tôt, les enfants vont dans des écoles et maternelles privées », explique-t-il.
Pour les familles qui en ont les moyens, le privé apparaît de plus en plus comme une garantie de régularité, d’encadrement et de suivi. Un basculement qui interroge la place occupée désormais par l’école publique dans l’imaginaire collectif. Pour Paulette Fall, mère de deux enfants en âge d’être scolarisés, le choix du privé est d’abord une conséquence directe des perturbations qui affectent l’école publique : « C’est à cause des grèves que j’ai inscrit mes enfants à l’école privée. » À ses yeux, les interruptions répétées de l’année scolaire compromettent l’achèvement des programmes et finissent par peser sur le niveau des élèves. Florence Diatta, enseignante du privé, confirme cet argument sur la qualité de l’encadrement, particulièrement au primaire : « Auparavant, les parents préféraient le public parce qu’il y avait moins de grèves et qu'il y avait du sérieux. Maintenant, non seulement il y a beaucoup de grèves, mais certains enseignants ne font plus le travail comme il faut. Du coup, les parents préfèrent le privé. » Massamba Guèye observe ainsi que les parents ont progressivement associé l’école privée à une forme de « sérénité » et de « sécurité » dans le parcours de l’enfant. Cette perception est renforcée, selon lui, par l’existence d’établissements privés proposant un cursus complet, allant de la petite enfance jusqu’au baccalauréat.

Aynina Faye, nouveau bachelier, a effectué tout son cursus dans l’école publique. S’il considère que les élèves du privé n’ont pas nécessairement un niveau supérieur au sien, il reconnaît en revanche qu’ils disposent de davantage de chances de terminer les programmes scolaires. Selon lui, la différence tiendrait aux conditions dans lesquelles exercent les enseignants : « Un enseignant du public considère davantage ses honoraires dans le privé que dans le public », estime-t-il.
Toutefois, analyse le Dr Guèye, l’école publique n’aurait pas perdu toute sa capacité à produire de l’excellence. Selon lui, les établissements privés les plus réputés recruteraient largement parmi les enseignants du secteur public. « 90 % des enseignants viennent du public », affirme-t-il à propos des meilleures écoles privées. Des familles se tournent ainsi vers le privé pour bénéficier d’un meilleur encadrement, alors même qu’une grande partie des enseignants qui y dispensent les cours sont issus du système public et y travaillent parallèlement.
Par ailleurs, l’apparition d’établissements privés associés à une certaine idée du prestige et de la réussite constitue un autre facteur de changement. Certaines écoles proposent notamment des formations bilingues ou des programmes permettant aux élèves de poursuivre plus facilement des études à l’étranger. « Il y a des écoles privées de prestige où les enfants, dès leur bac, ont directement des préinscriptions en Europe. Ce qui a provoqué une grande ruée vers les écoles bilingues et les établissements qui combinent programme occidental et programme sénégalais », relève le chercheur.
Le choix du privé peut alors dépasser la seule question pédagogique pour devenir, pour certaines familles, un choix lié à leurs aspirations sociales. Massamba Guèye évoque même le « snobisme » de certains parents pour lesquels le recours au privé participe à la construction d’un certain statut social. Ainsi, ce qui pouvait autrefois être perçu comme une solution de second choix tend désormais à devenir une stratégie privilégiée.
Pourtant, l’école publique a longtemps constitué le socle de la formation des élites. Les dirigeants et les cadres ayant marqué l’histoire du Sénégal en sont, pour la plupart, issus. Cette préférence actuelle pour le privé s'explique par la dégradation de l’image de l’administration publique dans l’imaginaire collectif. Le privé est désormais associé à la rapidité, au suivi et à la sécurité, tandis que le public reste davantage associé aux difficultés de fonctionnement.
Pour autant, le Dr Guèye estime qu’il serait erroné de confondre représentation sociale et réalité des performances scolaires. Il rappelle que les meilleurs élèves du Sénégal, issus notamment du Concours général, restent majoritairement des produits de l’école publique.

Restaurer la confiance dans le public
Pour Massamba Guèye, la question n’est donc pas de savoir si l’école privée doit disparaître au profit du public. Le problème survient lorsque le privé devient une contrainte pour les familles qui cherchent simplement à garantir à leurs enfants une scolarité stable. Car, rappelle-t-il, « c’est l’école publique qui est chargée de former les enfants ». Elle demeure la norme collective à partir de laquelle se construit l’ensemble du système éducatif. Le véritable enjeu consiste donc moins à opposer public et privé qu'à comprendre pourquoi une partie des familles ne considère plus l’école publique comme suffisamment sécurisante pour l’avenir scolaire de leurs enfants.
Aujourd’hui, une harmonisation est en cours dans le cadre de ce qu’il nomme la « nouvelle société éducative ». Mais tant que l’école publique ne disposera pas des moyens nécessaires pour réduire les effectifs pléthoriques, garantir des enseignants de qualité partout et répondre aux besoins de prise en charge sociale, la coexistence avec le privé restera indispensable. Le choix doit toutefois demeurer une liberté pour les parents et non devenir une obligation par défaut. Il relève par ailleurs un regain d’intérêt pour les établissements privés à vocation religieuse, dans un contexte de « retour à la spiritualité », estimant que les « daaras modernes » peuvent également répondre à cette demande croissante.
Commentaires (41)
Dans les écoles privées, les parents ont fait le choix d'être riches ou paraître riches. Différences de classes que voulait enlever dans l'école par feu Léopold Sedar Senghor le visionnaire.
Dans les écoles privées, les parents ont fait le choix d'être riches ou paraître riches. Différences de classes que voulait enlever dans l'école par feu Léopold Sedar Senghor le visionnaire.
Les frais de scolarité, les mensualités sont devenus comme le loyer, comme la facture de courant des charges incompressibles pour bon nombres de foyers sénégalais qui se plaignent de la cherté de la vie.
Le paradoxe sénégalais est que nous vivons dans un pays pauvre ou l'écrasante majorité de la population est pauvre mais tout fonctionne comme dans un pays riche, développé car tout est privatisé dans le pays, tout est libéralisé avec un libéralisme sauvage puisque l'état avec ses fonctionnaires corrompus ne contrôle plus rien et chacun affiche ses prix et se permet de vendre des produits de très mauvaises qualités, de proposer ses services médiocres etc. Vous n'avez pas des revenus fixes mais vous sortez le matin avec 20000 Cfa soit 30€, vous rentrez le soir à crédit car tout a été dépensé dans les transports (Taxi, TER, BRT, repas, recharge téléphone, Bakchich etc). Il vous faut au moins 5000 Cfa de Taxi pour votre trajet Aller/Retour sans possibilité de faire des correspondances car les transports en commun sont quasi inexistant ou il faut attendre au moins 1h pour "attraper" le bus, le repas de midi vous coutera dans les 6000 Cfa pour manger correctement, une recharge de 3000 Cfa pour le téléphone, un Bakchich 5000 Cfa pour le fonctionnaire corrompus du service public pour obtenir votre document auquel vous avez normalement droit gratuitement. Alors que dans un pays riche, votre transport de qualité (Bus, métro, Tram, TER etc) Aller/Retour vous coutera dans les 5€ car vous disposez de 2h de temps pour un ticket Aller ou Retour qui vous permettra de faire toutes vos correspondances jusqu'à votre destination, le repas complet vous coutera dans les 10€ voir 15€ dans un Fast Food ou dans une Brasserie ou un restaurant classique, le téléphone est quasiment gratuit puisque les appels sont illimités et partout ou vous allez vous y trouverez un accès wifi gratuit etc et surtout vous n'avez aucun Bakchich a donné au fonctionnaire du service public qui vous fera votre document. Au Sénégal votre sortie vous coutera 20000 Cfa soit 30€ alors que dans un pays riche, il vous coutera seulement 20€ et au maximum 25€. Ceci est juste un exemple pour illustrer la cherté déraisonnable et extraordinaire de la vie dans notre pays.
Qu'on l'aime ou pas, Sonko avait réussi malgré tout à exiger au président Diomaye et au FMI qui ne le voulait pas, la baisse des prix des produits de première nécessité qu'on a vécu au moins pendant plusieurs mois mais depuis qu'il a quitté, Diomaye a cédé aux chantages du FMI et des lobbys occidentaux pour accepter la restructuration de la dette, ce qui signifie, l'arrêt des subventions, le bradage de nos ressources (pétrole, gaz, zircon, fer, or, diamant, etc), la privatisation des entreprises publiques, les licenciements, la baisse des salaires, le gel des recrutements, une augmentation du temps de travail etc. Il faudra malheureusement re-serré encore la ceinture qui nous étouffe déjà. On avait commencé à croire à un retour de la souveraineté, à sursaut national après avoir dégage Macky et sa mafia et élu Diomaye et Sonko mais hélas, tous nos efforts sont vains depuis que Diomaye a décidé de renouer et de s'écraser devant le FMI, les occidentaux et les représentant des lobbys étrangers qui l'entourent.
Aujourd’hui, lorsqu’un parent déménage pendant les vacances scolaires, le transfert de son enfant devient un véritable parcours du combattant.
Prenons un exemple concret : un élève est en classe de troisième dans un CEM de Keur Massar. Il obtient son BFEM et, pendant les vacances, sa famille déménage à Rufisque. Le parent souhaite naturellement inscrire son enfant dans un lycée de Rufisque.
Mais pour y arriver, il doit attendre le talon d’orientation, retourner au lycée de Keur Massar, demander un dossier de transfert, le faire établir en plusieurs exemplaires, aller le légaliser à la gendarmerie, puis se rendre à l’Inspection d’Académie de Pikine-Guédiawaye pour un visa, avant d’aller ensuite à l’Inspection d’Académie de Rufisque pour un autre visa, et enfin retourner au lycée de Rufisque pour inscrire l’enfant.
Rien que la légalisation peut parfois prendre 24 à 48 heures, selon les horaires et les disponibilités des services.
Et pourtant, on nous parle aujourd’hui de transfert en ligne et de dématérialisation des procédures.
Monsieur le Ministre, il faut vraiment simplifier cette procédure.
👉 Pourquoi ne pas permettre aux deux établissements concernés — le lycée de départ et le lycée d’accueil — de gérer directement le transfert, à travers une plateforme numérique ?
Les parents n’ont pas besoin de faire des dizaines de kilomètres entre plusieurs administrations pour une simple procédure de transfert scolaire.
Il faut rapprocher l’administration du citoyen, supprimer les étapes inutiles et mettre réellement la digitalisation au service des familles.
Un déménagement ne doit pas devenir un obstacle à la scolarité d’un enfant.
Monsieur le Ministre, nous vous demandons simplement de revoir cette procédure et de la rendre plus simple, plus rapide et véritablement numérique.
Pour moi c'est l'occasion pour l'état de licencier tous les enseignants fermer les écoles et universités et tout revoir.
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