Contrôle des flux ou repli identitaire : Le Sénégal est-il en train de perdre sa Teranga ?
Au Sénégal, le débat sur la présence des ressortissants étrangers et la régularisation des flux migratoires s'est brutalement invité dans le débat public. Avec les appels ciblés à l'expulsion sur les réseaux sociaux et les contrôles renforcés de l'état civil, le pays de la légendaire Teranga vacille désormais entre la préservation de sa tradition d'hospitalité et les impératifs de sa sécurité nationale.
Pour appréhender ce débat national dans toute sa complexité, il convient d'analyser sans filtre les témoignages du quotidien, les alertes citoyennes et parlementaires, ainsi que l'éclairage indispensable des spécialistes des droits humains.
Dans un environnement où les discours virtuels se tendent, la réalité du terrain offre un contraste saisissant entre opportunités professionnelles et tensions identitaires de proximité.
Une collaboration économique apaisée
Installé à Dakar depuis près de cinq ans, Yanice Yeba Iwembe dirige une pizzeria en ligne lancée il y a un an et demi. Dans la gestion de son entreprise, cet entrepreneur étranger collabore au quotidien avec des prestataires locaux, notamment des livreurs sénégalais. « Ils sont respectueux et savent très bien faire leur travail », témoigne-t-il avec satisfaction.
Cependant, alors que les réseaux sociaux s'embrasent et que la stigmatisation cible de manière récurrente la communauté peule — notamment les Peuls de Guinée —, le rejet quitte la sphère virtuelle pour impacter le quotidien. C'est dans ce climat lourd qu'Aïcha Ba, une jeune femme d'ethnie peule, a fait l'amère expérience de cette hostilité gratuite lors d'un trajet en bus.
Alors qu'elle est chargée de bagages et tente simplement de tendre de l'argent à un passager pour qu'il lui prenne un ticket, l'homme la toise avec dédain avant d'asséner : « Va acheter ton ticket toi-même. » Cherchant à éviter l'escalade, Aïcha se dirige vers le receveur, mais l'individu tente de lui passer devant. Lorsqu'elle lui demande poliment de respecter le rang, il éclate en injures et l'accable d'attaques personnelles.
Pendant de longues minutes, la jeune femme garde le silence avant de lâcher : « Je te laisse avec Dieu. » Juste avant de descendre, après avoir reçu un coup de téléphone lui annonçant une mauvaise nouvelle, l'agresseur, soudainement assagi, vient lui demander pardon. Malgré ces excuses, l'amertume demeure vive. « Il n'est pas plus sénégalais que moi », déplore Aïcha, marquée par la gratuité d'une telle violence au sein d'une société prônant le vivre-ensemble.
Face à ces dérives, des voix s'élèvent au sein de la société civile pour appeler à la retenue et au sens des responsabilités. Si la légitimité des réclamations concernant la régularisation des étrangers n'est pas contestée, l'accent est mis sur la préservation des valeurs d'empathie et de solidarité.
Une source alerte et demande aux Sénégalais de faire attention, même s'ils sont dans leur droit de demander la régularisation de certains étrangers. « Il faut savoir que les Sénégalais sont éparpillés un peu partout en Afrique. Là où ils se trouvent, pour la plupart, ils sont bien traités et respectés. Il ne faut pas détruire cette belle relation », rappelle-t-elle.
Concernant les mendiants étrangers, la même source explique : « La plupart d’entre eux viennent de pays en guerre. Ils quittent leur pays souvent par nécessité... Nous devrions être beaucoup plus humains et solidaires envers ces personnes. Personne ne veut aller dans un autre État et vivre dans des situations précaires avec ses enfants. »
Ce rappel à la conscience collective souligne un risque diplomatique et humain majeur : exposer les communautés étrangères ou stigmatiser des minorités au Sénégal revient à fragiliser par réciprocité les centaines de milliers de Sénégalais établis à l'étranger.
Cette mise en garde citoyenne vient à l’heure où des dérives ciblées se multiplient sur Internet. Des militants se réclamant du nationalisme ont multiplié les propos haineux et fixé des ultimatums explicites visant la communauté peule de nationalité guinéenne, menaçant leurs commerces et appelant à des expulsions.
Saisi par la gravité de ces agissements, le député Mbaye Dione de la XVᵉ Législature a officiellement interpellé le ministre de l'Intérieur et de la Sécurité publique ainsi que le ministre de l'Intégration africaine et des Affaires étrangères.
« En ma qualité de député à l’Assemblée nationale, je condamne fermement ces agissements qui relèvent d’une haine injustifiée. Le Sénégal et la Guinée sont liés par des accords de libre circulation au sein de la CEDEAO. Toute mesure d’éloignement relève de la seule compétence de l’État et doit se faire dans le respect de la loi et des conventions... Ces actions font peser un risque réel de troubles à l’ordre public et de représailles contre nos compatriotes, tout en ternissant l’image de notre pays, terre d’hospitalité », avait-il signalé.
Le parlementaire réclame des instructions fermes aux forces de défense pour protéger les personnes et les biens, la mobilisation de la cybersécurité pour stopper les instigateurs de haine, et des campagnes de sensibilisation pour éviter tout basculement xénophobe.
L'analyse des spécialistes du droit : Souveraineté sécuritaire et digues antifraude
Pour l'avocat Mᵉ Demba Ciré Bathily, la légendaire Teranga sénégalaise ne doit en aucun cas servir de prétexte au laxisme administratif ni devenir une faille dans le dispositif de sécurité nationale.

« Nos traditions d’hospitalité fondées sur notre légendaire teranga ne doivent pas être la faille sécuritaire qui risque de déstabiliser la cohésion nationale. Que ce soit dans nos relations avec les pays limitrophes ou la sous-région, la libre circulation des personnes et des biens est un impératif de voisinage à préserver, mais cela ne saurait inclure l’installation et le séjour définitif en marge des lois et règlements. »
Mᵉ Bathily dénonce les fraudes récurrentes sur les actes d'état civil et l'octroi illégal de la nationalité sénégalaise, parlant d'un véritable « envahissement » par la fraude. Selon lui, la nationalité doit découler strictly du sang, de l'alliance ou d'une procédure légale de naturalisation. Il préconise la mise en place obligatoire d'une carte d'identité d'étranger et une régulation stricte du marché du travail pour éradiquer l'informel incontrôlé, le trafic de migrants, la mendicité et la prostitution de rue. La rigueur dans l'application des lois relève, d'après lui, de la sécurité républicaine et non de la xénophobie.
L'éclairage des droits humains
De son côté, Mouhamadou Moustapha Diagne, juriste spécialisé en droit international des droits de l'homme et chargé de programme à Amnesty International Sénégal, alerte sur la frontière entre régulation légitime et stigmatisation collective.
« Le problème se pose lorsque ce qui aurait dû être un débat serein sur la politique publique de l’État en matière de migration se transforme en une stigmatisation collective. On cesse de parler de règles applicables à tous pour désigner des communautés comme responsables du chômage, de l’occupation anarchique de l’espace public ou de l'insécurité. Ainsi, au lieu de rester dans la régulation, nous fabriquons un bouc émissaire. Nous nous trouvons aujourd’hui dans une zone grise préoccupante. Le basculement n'est pas consommé, mais les signaux d'alerte existent », dit-il, préoccupé.
Sur le plan juridique international, M. Diagne rappelle les trois piliers indispensables d'une politique migratoire conforme au droit :
La généralité : Des règles régissant le séjour établies de façon objective et applicables à tous, sans distinction de nationalité ou d'ethnie (conformément au PIDCP et à la Charte africaine).
La proportionnalité : Toute mesure restrictive doit être prévue par la loi, poursuivre un objectif légitime et rester strictement proportionnée.
L'interdiction de l'incitation à la haine : La prohibition stricte de tout appel à la discrimination, à l'hostilité ou à la violence.
En ce qui concerne le Protocole de la CEDEAO de 1979, il rappelle qu'il garantit un droit d'entrée et de séjour de 90 jours sans visa. Les droits de résidence et d'établissement dépendent des législations nationales, mais toute mesure d'éloignement doit être individuelle et légale, les expulsions collectives étant formellement prohibées par le droit international.
Enfin, sur la notion de Teranga, il note que si la valeur d'accueil demeure vivante au quotidien, elle subit une détérioration marquée sur les réseaux sociaux, sous l'effet de l'urgence numérique et de l'amplification des indignations.
🚨 Qu’Allah nous en préserve, mais le Sénégal remplit aujourd’hui toutes les conditions et présente toutes les prémices d’un conflit contre les étrangers.
La montée en puissance de la xénophobie et de la stigmatisation publique suscite une grande tristesse et une peur profonde.… pic.twitter.com/6S1wlyqTCg
— Mansour Dasylva (@MansourDasylva)
Commentaires (42)
Le Sénégal doit revoir ses politiques migratoires ; l'évolution des dynamiques sous-régionales, incluant la pauvreté, la guerre et les tensions intercommunautaires, impose la vigilance. Le pays doit réagir de manière proactive, en s'adaptant à ces changements et à la nouvelle réalité engendrée par des facteurs extérieurs.
Au Sénégal, par exemple, le système scolaire traditionnel n'est pas orienté vers la formation professionnelle et reste en décalage avec le marché du travail ; de même, le système d'enseignement religieux (les *Daras*) souffre de lacunes comparables en matière d'employabilité. Par conséquent, les emplois accessibles à ces jeunes se limitent à des métiers informels peu qualifiés. Malheureusement, ce flux massif d'étrangers se fait sentir dans les métiers disponibles dans ce secteur qui sont actuellement envahis par des migrants de la sous région, créant une concurrence féroce avec la jeunesse locale. Cette situation se caractérise par des comportements de groupe et une entraide visant à monopoliser certains secteurs par ces nouveaux venus, en s'appuyant sur une main-d'œuvre à bas coût qui fait chuter les salaires sur les chantiers et dans le commerce de détail ; cela s'accompagne et se caractérise souvent de conditions sanitaires précaires et de frais de fonctionnement dérisoires, les locaux commerciaux servant également de lieux de couchage, etc. Malgré les doléances exprimées par la jeunesse sénégalaise, le gouvernement a tardé à réagir face à cette situation inédite et inacceptable. Ces emplois informels qui offrent une première opportunité d'activité et permettent aux jeunes non qualifiés de constituer un capital de départ, devraient être réservés exclusivement à la jeunesse sénégalaise, plutôt que d'être ouverts à quiconque arrive de l'extérieur. Une telle situation ne fait qu'attirer au Sénégal des jeunes de toute la sous-région, au détriment de la jeunesse du pays.
Ce pays est devenu une passoire et les gens ont peur à cause du banditisme de certains étrangers.
Le mal est déjà profond.
Je suis là depuis 15 ans.
Je connais très peu de gens qui sont reellememt ami à un senegalais sans etree senegalais, africain y compris.
Le senegalais a plein de pression spciale et religieuse en plus il est jaloux et profiteur
Allez em afrique de l'est voir cest quoi de la teranga
téranga mo bordel deugeu
na rang yi dioup respecter les lois
Téranga bordel deugeu dans notre beau pays
Ils avaient essayé avec la religion,ça n a pas marché
Ils ont essayé avec le communautarisme ethnique,ça n a pas marché
Maintenant,ils essaient avec une autre méthode.
Faire respecter les lois par tous,c est très bien
Mais pointer tout le temps le doigt a une ethnique,c est pour créer les divisions qui ont couté chères a des pays voisins du Sénégal,alors faut pas tomber dans le piège,d autant plus que des millions de sénégalais sont aussi partout dans ce monde.
Zemmour s en prend a des gens ,plus français que lui,comme Yahirou Sarr,dont lui aussi les parents viennent de Mauritanie.
Il y a des gens qui vivent dans ce pays avant même qu il soit Senegal,c est à dire,du temps des royaumes.
Donc Yahirou aussi doit retourner en Mauritanie,ce Hardaan de teint sombre et maléfique.
J’ai également eu la chance de voyager dans plusieurs pays d’Afrique. Et ce que j’ai pu constater, c’est qu’en Afrique, de manière générale, on ne cherche pas forcément à compliquer la vie aux étrangers. La police peut vous interpeller pour un contrôle, mais lorsque vos documents sont en règle, vous êtes généralement rapidement relâché. Il y a une certaine considération et surtout cette valeur d’hospitalité qui fait partie de nos cultures.
Bien évidemment, il faut reconnaître que cette hospitalité n’est pas toujours facile à maintenir, car certains étrangers en profitent pour faire n’importe quoi ou pour se comporter de manière irresponsable. C’est justement cela qui est déplorable.
la teranga doit rester une valeur, mais elle doit aussi s’accompagner du respect des lois, des règles et du pays qui nous accueille.
Vous vous rendrez compte tu as des problémes de chômage et les étrangers viennent disputer les emplois précaires
Maintenant continuons avec notre teranga au Sénégal l'étranger est roi il ne paye rien ils saliss
le point d'orgue a été connu suite aux événements ayant opposé le Sénégal et la Mauritanie. Cette dernière a exploité le "filon" pour solder son problème interne en blanchissant le pays. Alors, quand Trump renvoie, nous crions. Quand la France renvoie, nous vociférons. Quand l'Algérie, la Tunisie, le Maroc et la Libye tuent, nous ne disons rien. En tout cas aussi fort que si c'était la France. Posons-nous et réfléchissons un peu sur la condition de l'homme NOIR. Avons-nous un destin commun, un objectif commun, une ambition commune? Sommes-nous plus forts réunis ou pas? que voulons-nous réellement? a qui profite notre désunion? Etc. etc. etc.
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