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[Dossier 3/3] « Supprimer régulièrement un repas est un signal fort d’insécurité alimentaire » : Les vérités du patron de la gestion des crises alimentaires

Auteur: Adama SY

[Dossier 3/3] « Supprimer régulièrement un repas est un signal fort d’insécurité alimentaire » : Les vérités du patron de la gestion des crises alimentaires

[Dossier 3/3] « Supprimer régulièrement un repas est un signal fort d’insécurité alimentaire » : Les vérités du patron de la gestion des crises alimentaires

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La suppression régulière d'un repas dans un ménage constitue déjà un voyant rouge indiquant une dégradation critique de sa sécurité alimentaire. Dans ce troisième et dernier volet de notre grand dossier consacré à la souveraineté et à la crise alimentaires au Sénégal, El Hadji Malick Bâ, Directeur de la Concertation et de la Gestion des Crises alimentaires au Secrétariat technique du Conseil national de sécurité alimentaire (ST-CNSA), livre une analyse approfondie de la situation. Entre critères de basculement vers la famine, protection des couches vulnérables comme les femmes enceintes et les jeunes enfants, et plan d'assistance d'urgence de plus de 7,2 milliards de francs CFA déployé par l'État, le spécialiste détaille les réponses immédiates et les leviers structurels indispensables pour prémunir les populations contre la vulnérabilité nutritionnelle.

​La suppression régulière d’un repas, notamment le dîner, constitue-t-elle déjà un signal d’alerte ?

​Effectivement, c’est un signal fort qui indique que nous sommes en situation d’insécurité alimentaire. Le ménage a une consommation alimentaire minimale, voire déficitaire, ou est même incapable de couvrir ses besoins fondamentaux. Cette situation se traduit également par l’impossibilité de se permettre certaines dépenses non alimentaires essentielles sans s’engager dans des stratégies d’adaptation irréversibles. À terme, cela risquerait de déboucher sur des taux de malnutrition aiguë élevés ou supérieurs aux normes tolérables.

​Supprimer un repas signifie-t-il pour autant qu’une zone bascule vers la famine ?

​Non. Le basculement vers la famine obéit à des situations particulières qui se mesurent à travers des critères scientifiques spécifiques. Pour qu’il y ait famine, il faut qu’au moins 20 % de la population de la zone concernée se trouvent dans une situation extrême de privation ou de manque alimentaire, en plus du fait que les ménages soient totalement incapables de couvrir leurs autres besoins de subsistance, même en employant des stratégies de survie. Souvent, la famine s’accompagne d’une surmortalité humaine et animale importante, d’un effondrement total des moyens d’existence et de taux de malnutrition extrêmement critiques.

​Comment mesure-t-on alors le passage de l’insécurité alimentaire à l’urgence, puis à la famine ?

​La situation est évaluée selon une échelle progressive de gravité. Au départ, les ménages couvrent normalement leurs besoins alimentaires et essentiels, sans recourir à des stratégies d’adaptation inhabituelles. Lorsque la situation commence à se dégrader, ils couvrent encore leurs besoins nutritionnels mais doivent réduire certaines dépenses essentielles et appliquer des stratégies de stress.

​À un niveau supérieur, les ménages connaissent des déficits alimentaires marqués et doivent sacrifier leurs moyens d’existence pour accéder à la nourriture. Lorsque ces déficits deviennent profonds, les familles recourent à des stratégies d’urgence pouvant aller jusqu’à la liquidation de biens essentiels. Le niveau ultime correspond à la privation extrême, à l’effondrement des moyens de subsistance et à des risques majeurs de mortalité.

​Lorsque les familles réduisent les quantités ou remplacent les repas par des aliments moins coûteux, qui sont les plus exposés ?

​Dans ce cas de figure, les groupes les plus vulnérables sont les femmes enceintes et allaitantes (FEA), ainsi que les enfants âgés de 6 à 59 mois, exposés au premier chef à la malnutrition aiguë. C’est pourquoi les interventions prévoient le dépistage et la prise en charge médicale des enfants malnutris, des campagnes de sensibilisation sur la nutrition de la mère et du nourrisson, la promotion de l'hygiène, le recours précoce aux soins et la distribution de farines enrichies.

​Quelles mesures faut-il prendre d’urgence pour éviter une aggravation de la situation ?

​À court terme, il est impératif de rendre les denrées alimentaires accessibles à des prix abordables sur l’ensemble du territoire national. Il faut également préserver les emplois, sécuriser les revenus, renforcer le pouvoir d'achat des ménages exposés aux chocs, lutter contre les pratiques inflationnistes et renforcer le contrôle officiel des prix sur les marchés. L'approvisionnement correct des zones urbaines et périurbaines doit être garanti, tout comme l'apport d'une assistance alimentaire d'urgence aux ménages ruraux ayant épuisé leurs stocks. Enfin, il convient de promouvoir la qualité des produits locaux et d'encourager le réflexe du « consommer local ».

​Au-delà de l’urgence, quelles réponses faut-il engager à moyen et long termes ?

​Il faut renforcer les synergies entre l’agro-business et les petits producteurs pour optimiser la production et la commercialisation. Il est également urgent de rompre avec la dépendance exclusive vis-à-vis de l’agriculture pluviale en créant les conditions d’une production pérenne tout au long de l'année. Cela exige des investissements massifs dans les aménagements hydro-agricoles, la mécanisation des outils de production, la professionnalisation des filières, la formation des jeunes et des femmes, ainsi que la création d'emplois ruraux. La diffusion des informations météorologiques et le développement de la recherche scientifique restent tout aussi cruciaux face au changement climatique.

​Que fait l’État pour soutenir les ménages confrontés à l’insécurité alimentaire à Dakar comme dans les régions ?

​Pour la région de Dakar, l'action étatique vise à préserver le pouvoir d’achat par des subventions ciblées, l’approvisionnement régulier des marchés et la régulation des prix. Pour les départements touchés par l'insécurité alimentaire, l’État du Sénégal a mobilisé une enveloppe globale de 7 202 737 225 FCFA au titre de l’assistance alimentaire et pastorale.

​Ce budget est réparti comme suit :

  1. ​727 738 194 FCFA alloués au Conseil national de Développement de la Nutrition (CNDN) ;
  2. ​2 639 884 781 FCFA destinés au Fonds de solidarité nationale (FSN) pour les transferts monétaires ;
  3. ​700 000 000 FCFA attribués au Commissariat à la Sécurité alimentaire et à la Résilience du Sénégal (CSAR) pour la distribution de kits alimentaires ;
  4. ​3 135 114 250 FCFA affectés à la Direction de l’Élevage (DIREL) pour l'achat et la subvention d'aliments du bétail au profit des éleveurs.
⚡ Résumé express généré par IA, vérifié par la rédaction
- La suppression régulière d’un repas, notamment le dîner, est un signal fort d’insécurité alimentaire, selon El Hadji Malick Bâ, Directeur de la Concertation et de la Gestion des Crises alimentaires au ST-CNSA. - Le basculement vers la famine nécessite des critères scientifiques, dont au moins 20 % de la population en situation extrême de privation ou de manque alimentaire. - L’État du Sénégal a mobilisé une enveloppe globale de 7 202 737 225 FCFA pour l’assistance alimentaire et pastorale, dont 727 738 194 FCFA au CNDN et 2 639 884 781 FCFA au FSN pour les transferts monétaires.
Auteur: Adama SY
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Commentaires (6)

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    Gavroche il y a 2 semaines
    Thieuy les pisses copies qui nous dirigent ils ne mesure la précarité qui existe dans le ménages Sénégalais et celà dure depuis le président Diouf
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    DFF il y a 2 semaines
    Yalla n’a rien à voir avec la famine au Sénégal. Un pays qui dispose de terres cultivables, d’eau et d’hommes valides ne devrait pas avoir faim. Avec un gouvernement sérieux, une bonne organisation et la volonté de travailler, il est possible de produire suffisamment pour nourrir sa population. Le problème, c’est qu’on ne peut pas continuer à dépendre des produits importés alors qu’on a les moyens de produire chez nous. Un peuple qui veut être indépendant doit d’abord apprendre à cultiver ses terres et à valoriser ses propres ressources.
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    SÉNÉGALAIS il y a 2 semaines
    Très bonne intervention Mr Bâ.
    Félicitations à Seneweb qui pour une fois publie un article aussi important et révélateur.
    L'histoire politique du Sénégal a suffisamment montré que ces "gouvernants " se foutent du devenir des senegalais.
    Ils ne sont imbus que de leurs propres intérêts.
    Je suis loin d'un quelconque pessimisme mais qui vivra, verra!
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    Epsilon il y a 2 semaines
    Ce reportage est bidon sans intérêt trop d exagérations
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    Citoyen........ il y a 2 semaines
    Et pendant ce temps on trouve chez certains politiques des dollars des euros etc alors qu'avant il n'avait rien.

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