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[Magal] Immersion exclusive: "Bureau ba ca Ndar", sur les traces de Cheikh Ahmadou Bamba

Auteur: Aïda Mbène Niasse, Thiebeu Ndiaye et Oumar Samb

[Magal] Immersion exclusive: "Bureau ba ca Ndar", sur les traces de Cheikh Ahmadou Bamba

[Magal] "Bureau Ba ca Ndar"  :  Sur les traces de Cheikh Ahmadou Bamba

L'exil de Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké au Gabon, entre septembre 1895 et novembre 1902, constitue un chapitre fondateur du Mouridisme et du Magal de Touba. Événement phare de la communauté inscrit au patrimoine culturel immatériel national du Sénégal depuis juillet 2025, le Magal est la commémoration de la déportation du Cheikh, actée le 5 septembre 1895 à Saint-Louis. Décidée par le Conseil Privé de l'administration coloniale à l’issue d’une audience expéditive à la Gouvernance de Saint-Louis pour éteindre l'influence morale de Serigne Touba, cette déportation de 7 ans et 7 mois qui visait à l'isoler a finalement eu l’effet inverse car étant le déclencheur de son rayonnement national et international. À travers cette immersion exclusive au fameux ‘’Bureau ba ca Ndar’’, Seneweb vous replonge dans l’atmosphère de cette fatidique journée du 5 septembre 1895.

À peine a-t-on franchi (mardi 14 juillet 2026) le mythique pont Faidherbe -majestueuse structure métallique entièrement rénovée en 2011- qu’une vieille bâtisse blanche et imposante nous accueille. C’est la Gouvernance de Saint-Louis. Autrefois centre névralgique de l’administration coloniale en Afrique occidentale française (AOF), ce colosse architectural raconte à lui seul plus de trois siècles de pouvoir et de domination française.

Ancien fort construit en 1659, sa position avancée sur l’île et ses vieux canons, toujours pointés vers le fleuve Sénégal comme pour parer encore à une éventuelle attaque, rappellent la structure de défense et le rôle d'avant-garde qu’il jouait jadis.

Aujourd’hui, la réalité est plus fragile. Ses murs fortifiés d’une grande épaisseur, défraîchis et croulant sous le poids de l’âge, résistent péniblement à l’usure du temps et aux assauts de l’humidité. Son balcon-avant, fatigué, n'est plus soutenu que par une simple planche de bois. Pourtant, c’est au cœur de ce palais aujourd'hui vulnérable que s'est écrite l'une des pages les plus décisives de l'histoire du Sénégal en général et du Mouridisme en particulier.

Dans le cadre de la production d’une série de reportages en prélude du Magal de Touba édition 2026, Seneweb a eu l’honneur de visiter -pour la première fois pour un média-, le fameux ‘’Bureau ba ca ndar’’, la salle d’audience où la puissance coloniale pensait avoir scellé le destin du guide du mouridisme, Cheikh Ahmadou Bamba.

Gardien de la mémoire des lieux, le Chef du service régional des archives de Saint-Louis, M. Mohamed Lamine Kane (archiviste) nous reçoit à la gouvernance sur autorisation du Gouverneur de la ville tricentenaire, pour une plongée inédite dans l’histoire de Serigne Touba dont le destin fulgurant est intimement lié à ce bâtiment. Sa déportation dans les forêts du Gabon -qui sera célébrée pour la 132 e  fois dimanche-, a été décidée ici, la matinée du 5 septembre 1895.

Des accusations calomnieuses à l’arrestation à Djéwol

Selon M.Kane qui retrace l’histoire, l’inimitié entre Cheikh Ahmadou Bamba et l’administration coloniale est née d’un préjugé négatif alimenté par de nombreuses accusations calomnieuses. Et ceci, dans une période où la France avait décidé de ne plus accepter la moindre désobéissance.

« Par un décret du 16 juin 1895 (moins de deux mois avant l’arrestation de Cheikh Ahmadou Bamba), la France créa l’Afrique occidentale française qui était composé au départ par 4 territoires : le Sénégal devenu français depuis 1816, la Côte d’Ivoire, la Guinée française (Conakry) et le Soudan (Mali). Plus tard y aura quatre autres territoires : le Togo, le Dahomey (Bénin), la Haute-Volta (Burkina Faso) et la Mauritanie. La France qui a eu par le passé à se frotter à Cheikh Oumar Tall, a alors décidé de ne plus accepter de résistance. Beaucoup de royaume étaient déjà tombés sous son joug dont le dernier fut le Cayor avec la mort de Lat Dior à Dékhelé en 1886. Mais un nom revenait à répétition, celui de Cheikh Ahmadou Bamba », explique l’archiviste.

Alors que Cheikh Ahmadou Bamba étendait son influence spirituelle à travers le Cayor, le Baol et le Walo, une campagne de désinformation s’organisa contre lui. Inquiets de perdre leur prestige et leur autorité, certains collabos des français et chefs de canton locaux colportèrent de fausses rumeurs sur ses intentions. Ils prêtaient au fils du Cadi Mor Anta Saly Mbacké la volonté d'engager une guerre sainte, ravivant ainsi les plus grandes hantises de l'administration coloniale.

À cette période, le Cheikh séjournait à Guéwoul. L’isolement du lieu et le manque d'informations directes favorisèrent la propagation des rumeurs, donnant lieu à une succession de rapports alarmistes.

« Cheikh Ahmadou Bamba était à Guéwoul à cette période et l’absence d’informations favorise la rumeur. C’est ainsi que les premiers rapports tombèrent. Les renseignements généraux ont rapporté à l’administration coloniale que Serigne Touba s’apprêtait à faire pire que Cheikh Oumar Futiyou Tall. Un autre rapport est tombé au lendemain de la mort de Lat Dior, le 27 octobre 1886, disant que les plus farouches lieutenants du défunt Damel venaient de jurer allégeance à Ahmadou Bamba et que la confrontation était imminente », souligne M. Kane qui précise que la France n’accordait pas beaucoup de crédit à ces informations.

Mais le troisième rapport fit mouche. « Il est écrit par les chefs de cantons, des sénégalais comme nous qui ont dit au Gouverneur si vous voulez asseoir votre autorité il faut régler le cas Ahmadou Bamba », narre M. Kane. L’administration coloniale a alors pris la menace au sérieux et a dépêché le Commandant du cercle de Saint-Louis LeClerc et des troupes armées jusqu’aux dents pour procéder à l’arrestation de Cheikh Ahmadou Bamba à Djewol. Le Cheikh a alors décidé de suivre Leclerc sans résistance le 10 août 1895 pour éviter une effusion de sang. Il sera ainsi escorté jusqu’à Louga où il prendra le train le 12 août 1895 pour rallier Saint-Louis où il sera gardé pendant une vingtaine de jours dans la lugubre et minuscule cellule numéro 4 (voir la visite guidée en vidéo), devenu un lieu de pèlerinage.

D’après certains récits populaires non-authentifiés par les services d’archives, Serigne Touba aurait subi plusieurs épreuves durant ces jours de détentions à Saint-Louis avant son procès expéditif. Il est raconté qu’au Jardin d’essais de Sor (un site de 25 hectares aménagé par les colonisateurs en 1865, ils y pratiquaient la culture des légumes, des plantes d’agrément et des arbres fruitiers), le Saint-Homme aurait miraculeusement apprivoisé un lion affamé. « Les gardes de l’administration coloniale l’ont enfermé ici au jardin d’essais avec un lion féroce. À l’approche du Cheikh, l’animal est devenu aussi doux qu’un mouton », confie Mbacké Fall du comité de 2 rakkas à Saint-Louis, conservateur des lieux de pèlerinage mouride dans l’ancienne capitale.

‘’Bureau ba ca Ndar’’ (5 septembre 1895) : Un procès d’intention

Après ces épreuves vint la fatidique journée du 5 septembre 1895. L’atmosphère sous les voûtes de l’ancien fort était électrique, cette matinée (9 heures) de fin d’été à Saint-Louis. À l’intérieur du bâtiment, sous les plafonds hauts du premier étage, le Conseil Privé de l’administration coloniale s’est réuni au complet : Gouverneur intérimaire Mouttet (président de séance), Kersaint-Gilly (commissaire des colonies), Boyer (Commandant supérieur des troupes), Jurquet (directeur de l’intérieur), Cnapelynck (procureur général), entre autres. Pour les haut-fonctionnaires français, l’homme qu’ils ont convoqué représente une énigme inquiétante.

Bien qu'aucun acte de violence ou de rébellion armée ne puisse lui être reproché, les autorités cherchent par tous les moyens un motif juridique à ce procès d’intention. Le procès-verbal d’audience du Conseil privé admet d’ailleurs explicitement la faiblesse de la procédure : « Si l’on n’a pas pu relever contre Ahmadou Bamba aucun fait de prédication de guerre sainte bien évident, son attitude, ses agissements, surtout ceux de ses principaux élèves sont de tous points suspects ».

En termes clairs, Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké ne prend pas les armes et ne prêche pas la révolte sanglante, mais son autorité morale qui s'étend à une vitesse éclair terrifie le pouvoir colonial. Ses disciples se comptent déjà par milliers. Pour l’administration, c’est le moment de frapper un grand coup et éteindre l’influence de Serigne Touba avant qu’elle ne devienne hors de contrôle.

Dans ce bureau -en état de délabrement très avancé- que la mémoire collective a décidé d’appeler « Bureau ba ca Ndar », on l'accuse à demi-mot de trouble à l'ordre public et de nuire aux intérêts français. Face aux chefs d'accusation qui résonnent dans la pièce, le Fondateur du Mouridisme conserve une sérénité absolue. « Au sein du Conseil Privé il y avait deux camps : l’un était pour une punition sévère et un autre pour la déportation. Finalement c’est cette dernière sentence qui a été retenue par le Conseil », confie le Chef des archives de Saint-Louis.

La sentence est tombée : Cheikh Ahmadou Bamba sera acheminé à Dakar où il quitte le port, le 21 septembre 1895, à bord du paquebot Ville-de-Pernambouco pour être déporté vers le Gabon. L’administration pensait s’être enfin débarrassée d’une haute autorité religieuse trop encombrante. Pour Cheikh Ahmadou Bamba c’était le début d’une mission divine qui sera couronnée d’un succès retentissant.

Aujourd’hui, si les murs de la Gouvernance s'effritent sous le poids des siècles, l'héritage politique et spirituel né dans le « Bureau ba ca Ndar » reste intact. Inscrit au patrimoine culturel immatériel national du Sénégal depuis juillet 2025, le Grand Magal de Touba rassemble chaque année des millions de pèlerins venus du monde entier.

⚡ Résumé express généré par IA, vérifié par la rédaction
- Le Magal de Touba commémore la déportation de Cheikh Ahmadou Bamba, décidée le 5 septembre 1895 à la Gouvernance de Saint-Louis. - L’administration coloniale, influencée par des accusations calomnieuses de chefs locaux, a arrêté le Cheikh à Djéwol le 10 août 1895 pour l’exiler au Gabon. - Seneweb a visité pour la première fois le "Bureau ba ca Ndar", salle où fut scellé l’exil de 7 ans et 7 mois du guide du mouridisme.
Auteur: Aïda Mbène Niasse, Thiebeu Ndiaye et Oumar Samb
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Commentaires (17)

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    histoire ⭐ Top commentaire il y a 3 mois
    Les militaires avaient attribué à Ahmadou Bamba une pension de 50F / mois à l'époque.
    Pourtant, il était entièrement nourris-logé durant sa détention en exil.
    Les militaires ont aussi construit la mosquée de Touba de 1932 à 1963.
    Ils lui interdisaient simplement les gros rassemblements pouvant mettre en péril le pouvoir colonial.
    Tout le reste appartient aux contes et légendes.
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    Lol il y a 3 mois
    Tu t'entends parler : les militaires ont construit la mosquée de Touba.
    Les militaires français ? Sénégalais?
    J'ai des parents qui ont participé à la construction. C'est pas si lointain que ça.
    Cesses de mentir et vas soigner ton cœur noir 🖤
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    vérité @ Lol il y a 3 mois
    @Lol  L'architecte Gaston Scatena a entièrement fait les dessins et études géologiques de cette mosquée.
    Les militaires colons Français ont validé, organisé et conduit sa réalisation.
    Pour le faire, les colons ont rallongé la ligne Dioubel-Touba (1930 à 1932) afin d'acheminer le matériel (ferraille, ciment, ...).
    Les paysans mourides ont payé et ont servi de manœuvres sur le chantier.
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    Rep il y a 3 mois
    @vérité @ Lol  Corriges ton premier commentaire alors
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    Tawhid seul il y a 3 mois
    Que des histoires à dormir debout retourner vers votre seigneur et l'enseignement du prophete psl avant la mort n'arrive
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    Djibson il y a 3 mois
    Foofou moo eupp ay "histoires à dormir debout ". Tu crois vraiment que ay malaakas ak tous ces trucs farfelus ça existe ? Que Yaalla bouy yoonni waate amna ? Un beau, keenn kheuy né : quelque chose qu'on appelle Dieu, ( alors inconnu jusque là) , vous a créés et m'a envoyé pour vous informer ? C'est pas une histoire à dormir debout, ça ? Yonenté Moussa qui fend l'océan en deux pour libérer son peuple ( beugg lou compliqué ndak quelle débauche de pouvoir, y avait plus simple, foudroyer ou anéantir proprement les assaillants) , tu crois que c'est pas une histoire farfelue?
    Baayee niou ak souniou histoire farfelue.
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    ndiol il y a 3 mois
    Oumar Samb mon frère un des meilleurs au Senegal belle réalisation bague
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    AAM il y a 3 mois
    La gouvernance de Saint-Louis est un lieu de mémoire important qui doit être réhabilité.
    Un lion affamé et laissé en divagation dans ce milieu clos c'est quand même assez improbable.
    Si l'année de référence est 1895, 2026 ne peut pas correspondre au 132eme magal. La magal est célébré suivant l'année lunaire musulmane (18 Safar) qui fait environ 12 jours de moins que l'année solaire.
    Si quelqu'un peut apporter des éclaircissements sans polémique il est le bienvenu.
  • avatar
    Choco il y a 3 mois
    Est-ce qu'il a créé un avion
    ?
  • avatar
    Mamadou Sowe il y a 3 mois
    C’est un patrimoine matériel non ?

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